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L'UNEF, les étudiants pendant la guerre de 1939-1945 et sous l'occupation : attentismes, collaborations et résistances - Témoignages et documents

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Lettre de François de Lescure au congrès de l’UNEF de 1976

Texte intégral

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 « Nous avons été quelques uns, dès avant la dernière guerre, et même pendant les noires années de l'occupation de notre pays par les armées hitlériennes, à commencer de mener une bataille difficile pour que l'UNEF sorte de la voie où certains voulaient la faire se fourvoyer, et pour qu'elle devienne réellement représentative du syndicalisme étudiant.

Je m'honore d'avoir été un de ceux-là, lorsque, jeune étudiant encore, j'ai fondé en 1938/1939 avec quelques “sorbonnards”, la Corpo des Lettres de Paris, ce qui me valut d'être élu vice-président de la Fédération des étudiants de Paris.

Vous savez qu'au début de la débâcle, en mai et juin 1940, la direction de l'UNEF avait suivi Pétain dans les fourgons du Ministère de l'éducation nationale en zone sud.

Mais nous étions quelques-uns, exerçant depuis plusieurs mois déjà des responsabilités au sein de l'UNEF, à être restés à Paris. Ce fut là pour nous, étudiants communistes, dont j'étais l'un des dirigeants clandestins, et cela avec l'équipe d'étudiants patriotes aux convictions politiques diverses dont nous étions entourés - démocrates de toutes nuances, communistes, socialistes, gaullistes, chrétiens ou non - ce fut là pour nous tous, dès l'automne 1940, la possibilité de mener une action commune en zone occupée ; car nous étions tous convaincus que l'UNEF devait maintenir, aussi longtemps qu'elle pourrait tenir légalement et sans compromissions sous la botte nazie, maintenir dans la jeunesse universitaire, à travers l'activité de ses associations générales et corporatives, face à l'occupant, les traditions de patriotisme, de culture, de liberté et d'indépendance de l'Université française. Et cela tout en se battant quotidiennement pour la défense des revendications des étudiants, tant sur le plan de leurs études que sur le plan économique et social.

Et puis ce fut le 30 octobre 1940, l'arrestation du professeur Paul Langevin, jeté à la Santé entre les mains de la Gestapo. En s’attaquant au grand savant de renommée mondiale, c’est l’intelligence française que les hitlériens et Vichy voulaient étouffer.

L'UNEF s'associa aussitôt, clandestinement bien sûr - car il était important de conserver le plus longtemps possible pignon sur rue et une activité légale - aux initiatives qui furent prises pour protester contre l'arrestation du Professeur Langevin. Et notamment à celle proposée par les étudiants communistes, appuyés aussi par de nombreux comités de défense de l’Université constitués par des professeurs et des intellectuels : une manifestation au Collège de France, le 8 novembre 1940 à l'heure même où Paul Langevin devait faire son prochain cours.

Malgré le véritable état de siège qui fut décrété ce 8 novembre au Quartier Latin quadrillé par les chars SS et la police nazie et vichyste, une brève manifestation eut pourtant lieu, avec quelques dizaines d’étudiants, et “ La Marseillaise ” retentit entre la rue Soufflot et la place de la Sorbonne.

On peut dire, et nombre d’historiens l’ont écrit, que ce 8 novembre fut l'étincelle qui assura l'ampleur de la “ Marche à l'étoile”, trois jours plus tard, aux Champs-Élysées. Alors, un rendez-vous s'est vite répandu, dans tous les milieux scolaires et universitaires : “tous le 11 novembre à 17 heures aux Champs-Élysées”, pour aller s’incliner sur la tombe du Soldat inconnu et manifester ainsi la volonté de la jeunesse estudiantine française de lutter pour la libération de la France et contre l’asservissement de l’Université.

Des milliers de tracts furent distribués en deux jours, aussitôt reproduits partout.

Il faut dire que c'est dans les locaux de l'UNEF, alors 5 Place Saint-Michel, sur les ronéos de l'UNEF, que furent tirés pendant tous ces mois, avec le maximum de prudence et de précautions, bien sûr, de nombreux tracts et journaux clandestins de la résistance étudiante à l'Université. En même temps que c'est de là, bien entendu, que partaient lettres et circulaires aux AG de la zone occupée, appelant ­- cela va sans dire en termes nuancés mais fermes - les membres de l'UNEF à défendre les droits des étudiants et toutes leurs revendications, tant sur le plan de leurs études que sur celui de leurs conditions de vie et de travail.

Naturellement, les ronéos de l'UNEF tournèrent à fond pour la préparation de la manifestation du 11 novembre. Et s'il n'était pas possible que l'UNEF apparût en tant que telle, ses dirigeants, à Paris, firent le maximum pour mobiliser les étudiants et ses membres, même parmi les moins engagés, se firent les porte-parole du rendez-vous des Champs-Élysées.

Je ne reviendrai pas sur cette manifestation du 11 novembre 1940 des étudiants et des lycéens de Paris – la première manifestation de rue qui eût lieu en territoire occupé. Elle a été célébrée avec un éclat particulier le 11 novembre dernier à Paris, dans le cadre des cérémonies du 30ème anniversaire de la Libération de la Capitale, avec la participation remarquée de la direction nationale de l’UNEF, justement réunie ces jours-là à Paris.

Mais il faut souligner, je crois, le retentissement considérable qu’eut cette “ Marche à l’étoile ” des étudiants parisiens, non seulement dans toute la France, mais aussi à l’étranger où son écho parvint rapidement. Le sacrifice des étudiants tombés ce jour là, blessés, emprisonnés, déportés, devait être le ferment de luttes nouvelles de la jeunesse étudiante, de toute l’Université, jusqu’à la Libération de notre pays. L’idéal qui, dès lors, chaque jour, a animé cette jeunesse, c’était celui de l’union, d’une volonté commune de lutte contre l’occupant.

La manifestation du 11 novembre 1940 permit aussi aux nazis et à leurs valets de Vichy de se rendre compte un peu crûment  de l’esprit patriotique qui devait peu à peu animer les étudiants français toujours plus nombreux à prendre conscience des évènements d’alors.

Trois jours après le 11 novembre, j'étais convoqué en tant que délégué et responsable principal de l'UNEF pour la France occupée, par le Dr. Epting, ce nazi chargé des affaires de la kollaboration culturelle et universitaire à Paris. Sommé de “faire cesser toute activité anti-allemande à l'Université”, j'eus alors l'occasion de dire à cet individu que nul ne pouvait aller contre l'esprit patriotique des étudiants de notre pays comme de toute l’université française, dont on connaissait à travers tout le monde les traditions et l’esprit de culture, de science et de liberté.

Il est évident qu'il devint alors de plus en plus difficile pour l'UNEF d'avoir une activité ouverte et légale en zone occupée. D'autant que nombre de ses membres, avec d'autres étudiants, prirent une part de plus en plus active à la Résistance et aux actions patriotiques des divers organisations et mouvements de Résistance de la jeunesse y compris l’action armée contre l’occupant, jusqu’à la libération totale de notre pays.

Je crois qu’il était utile et nécessaire de rappeler ces années au cours de cette soirée commémorative du 30ème anniversaire de la naissance d’un véritable syndicalisme étudiant. Car elles ont permis aux étudiants honnêtes et patriotes qui restèrent alors le noyau sain de l’UNEF de jeter, dès cette période, les bases d’une nouvelle UNEF […]. »

Pour citer cet article :

« Lettre de François de Lescure au congrès de l’UNEF de 1976 », Les cahiers du GERME, n°25, juin 2005, [en ligne].
Disponible sur : http://www.cahiersdugerme.info/index.php?id=162, [consulté le 09-09-2010].

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ISSN (imprimé) : 1277-247X
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