« En 1939, il y a 79 000 étudiants dans les universités. En 1940, 55 000 »1. Environ un petit tiers d'entre eux sont mobilisés. L'UNEF est à 1' initiative de la création, en novembre 1939, 5, place Saint-Michel à Paris, d'un « Centre d'entraide aux étudiants mobilisés » par le « Comité supérieur des oeuvres sociales en faveur des étudiants »2. Après la défaite de juin 1940, le « Centre d'entraide aux étudiants mobilisés » que préside alors un ancien président de l'UNEF, Claude Bellanger, complète son nom en devenant le « Centre d'entraide aux étudiants mobilisés et prisonniers », lequel gère en 1944 près de 46 000 dossiers personnels.
A partir du 12 juillet 1940 existe un service spécialisé sur les questions de la jeunesse auprès du ministère de la Jeunesse - puis de la Famille - du gouvernement de Vichy. En septembre 1940, Georges Lamirand est nommé au poste de Secrétaire général à la Jeunesse, dépendant directement de Paul Baudoin, le Secrétaire d'Etat à la Présidence du Conseil, un proche de Pétain.
De leur côté, en zone Nord, les occupants nazis vont avoir un service - « Schule und Kultur » spécialisé notamment sur les questions étudiantes, installé à Paris et que dirige le Dr. Dahnke sous l'autorité directe du « Militärbehfelshaber in Frankreich » (MBF), le Gouvernement militaire allemand en France.
Vichy et Paris vont donc avoir une politique - parfois des politiques - en matière de jeunesse , d'éducation et de culture qu'il ne nous appartient pas d'étudier dans le détail mais dont il est bon de rappeler quelques aspects, car ils motiveront pour une part l'engagement de nombreux étudiants dans la Résistance ou la sympathie d'un plus grand nombre à son égard : auteurs mis à l'index, manuels épurés, révocation des professeurs de gauche ou mal-pensants, révocation des professeurs juifs et instauration d'un numerus clausus frappant les étudiants juifs, la suppression des écoles normales d'instituteurs, interdiction d'enseignement - telle la pharmacie - aux filles, etc. Et puis il va y avoir l'aggravation des conséquences directes de l'Occupation et de la politique de collaboration de Vichy : la répression qui frappe étudiants et enseignants dès les premiers mois de l'Occupation et du régime de Vichy. Plus tard l'instauration du STO, la persistance du problème des étudiants prisonniers, la dégradation des conditions de vie et d'études des étudiants, etc. Plus généralement, au fil des mois, l'ensemble des étudiants, et bien sûr les dirigeants des organisations étudiantes, de l'UNEF en premier lieu, sont confrontés au choix fondamental de 1'époque : résistance ou collaboration.
« Depuis le début du mois de juillet, une organisation de soi-disant étudiants, l'Association Générale d'Entraide aux Étudiants de Paris (AGEEP), répand dans les colonnes d'une presse une publicité mensongère. Une bande d'escrocs et de matraqueurs professionnels prétend parler au nom des étudiants parisiens [...]. En face de l'AGEEP, la Fédération des Étudiants de Paris et l'Union Nationale des Étudiants de France continuent une attitude corporatiste nous disent-elles. Mais est-il besoin pour cela que l’UN- passe son temps à Vichy ? [...]. Étudiants - poursuit le journal clandestin La Relève dans son numéro 6 daté du 15 septembre 1940 - vous devez exiger de vos organisations corporatives qu'elles défendent réellement vos intérêts ! ».
La Relève est l'organe de 1' Union des Étudiants et Lycéens Communistes de France (UELCF), créée en 1938 et dissoute par le décret du 26 septembre 1939 pris à 1' encontre du Parti communiste et des organisations dites affilées. L'UELCF s'est reconstituée clandestinement pendant la «Drôle de guerre», au début de l'année 1940, autour notamment d'étudiants parisiens ayant, pour certains d'entre eux, une expérience acquise au sein des étudiants communistes mais aussi de 1'« Union Fédérale des Étudiants » (UFE)3 : tel est le cas de Daudin, de Francis Cohen ou de François de Lescure.
« Président de l'Association Corporative des Étudiants en Lettres depuis plusieurs mois - précise ce dernier - j'avais reçu de la direction pétainiste de l'UNEF, repliée en zone Sud, la responsabilité de la délégation de l'UNEF pour la zone occupée. Personne ne savait que j'étais l'un des responsables de l'organisation clandestine des Étudiants communistes. Sur un plan pratique, mais très précieux à l'époque, ces fonctions nous donnaient la possibilité d'utiliser le soir, alors que toutes les portes étaient closes, la ronéo de l'UNEF (place Saint-Michel), avec laquelle nous imprimions des tracts et aussi La Relève ».
Dans son numéro spécial de la rentrée 1940, La Relève, qui est alors pratiquement le seul journal étudiant clandestin, écrit :
« Le gouvernement de traîtres et de corrompus installés à Vichy n'est pas le gouvernement de la France [...]. Antisémitisme, xénophobie, démagogie sont devenus les fondements de la politique du gouvernement de Vichy. On tourne le dos à la vraie culture et à l’intelligence. À la porte les usurpateurs de Vichy, l'université française ne sera pas fasciste ! [...].Étudiants de France, unissons-nous pour empêcher que l'on nous enlève nos meilleurs maîtres. Des organisations corporatives et culturelles ont été créées et sont dirigées par des étudiants. Elles doivent conserver leur indépendance, et refuser toute ingérence du gouvernement ou de puissances étrangères ».
Cette action clandestine a évidemment pour corollaire la répression. Dès le 31 juillet 1940, deux étudiants communistes - Christian Rizo et M. Guglielmo - sont arrêtés à Paris ; La Relève du 8 août 1940 exige leur libération. Le 26 septembre, Jean Suret-Canale est arrêté à son tour alors qu'il « tapisse » les portes de la Maison de Étudiants.
En zone Sud, l'UELCF s'est reconstituée autour d'Yvon Djian, qui a fait de nombreux voyages dans les villes universitaires, d'Yves Moreau (Montpellier puis Lyon), Jacques Laurent (Grenoble), Albert Soboul, etc. Dans l'Ouest, à Rennes autour de Jean Collet, Olivier Souef, Bannetel, Le Guern et Le Herpeux, dans le Sud-ouest, à Bordeaux, autour de Panié, Dujac, Claverie et Meyroune. Nombre d'entre eux seront arrêtés par la suite, déportés, fusillés. L'arrestation du professeur Langevin par la Gestapo le 30 octobre 1940 va avoir d'importantes conséquences.
« Aussitôt, par des tracts - rapporte François de Lescure - nous appelons nos camarades à exiger la libération du grand physicien et à se présenter en signe de protestation, le 8 novembre, au Collège de France, à l'heure du cours ».
Dans J'ai cru au matin, Pierre Daix évoque ce que fut cette journée du 8 novembre :
« Nous nous attendions à la répression dès la rentrée universitaire. Aussi la destitution des professeurs juifs et l'arrestation de Paul Langevin ne nous prirent pas au dépourvu. Les « Étudiants » décidèrent une manifestation pour le 8 novembre. Notre inexpérience eut du bon. Les Allemands, alertés par nos maladresses, multiplièrent les mesures d'intimidation, allant jusqu'à faire passer des blindés boulevard Saint-Michel. Nous ne pouvions rêver meilleure propagande. À l'heure dite, un épais barrage de flics barrait la rue des Ecoles. Nous étions deux, les poches bourrées de tracts [...]. La dislocation se fit avec lenteur. Au fond, l’important était la mobilisation des flics et des occupants que nous avions provoquée. Ce fut le détonateur de la manifestation, trois jours plus tard, du 11 novembre à l'Arc-de-Triomphe ».
Cette manifestation du 11 novembre 1940 a été l'objet d'une controverse plus politique qu'historique - Dans le contexte de la guerre froide, communistes et anticommunistes - ou à tout le moins non communistes - en revendiquèrent la paternité exclusive, politique et organisationnelle. Interrogés au milieu des années 1970 François Lescure et Claude Bellanger, s'accordèrent sur l'impossibilité de déterminer « qui » a appelé le premier à manifester à l'Etoile le 11 novembre 1940. « C'était dans l'air », après la manifestation du 8 novembre précédent. Par contre, les étudiants communistes et les moyens techniques de l'UNEF utilisés clandestinement par Lescure, Bellanger et Morais, accompagnèrent par des tracts la mobilisation étudiante et surtout lycéenne. Le 11 novembre, à 17 heures, 500 à 1000 lycéens et étudiants se retrouvèrent sur les Champs-Élysées en direction de l'Etoile : là, ils se retrouvèrent face à l'armée allemande, qui tira. Rien ne permet aujourd'hui de dire qu'il y eut 6, 7 ou 11 morts comme le titra la presse clandestine. Par contre, première manifestation patriotique de masse contre l'occupant, la manifestation du 11 novembre 1940 eut un retentissement qui dépassa le milieu étudiant et lycéen. Elle eut aussi des répercussions à 1' Université. Ainsi, le 13 novembre suivant, les Allemands décident la fermeture de 6 établissements secondaires et supérieurs, le 17 celle des 5 facultés parisiennes, de même qu'ils fermeront les universités de Dijon et Besançon; et le gouvernement de Vichy relève de ses fonctions le recteur de l’Académie de Paris, Roussy. Les établissements universitaires fermés rouvriront en décembre.
Autre conséquence immédiate des événements de novembre, l'accentuation de la répression. Ainsi le 29 novembre 1940, le Petit Parisien annonce l'arrestation de plusieurs responsables et militants des étudiants communistes : Jean Rozynoer, Claude Lalet, Bernard Kirschen, Othman Ben Alya et Gisèle Vallepin, étudiants en Lettres, Jean Commère, élève des Beaux-Arts, ainsi que d'un employé de la mairie du IIIe arrondissement de Paris, Maurice Delon, qui assure la liaison entre les Étudiants communistes et la direction clandestine du Parti communiste. Lalet, Kirschen et Rozynoer seront plus tard exécutés pour faits de résistance. François (de) Lescure est lui-même arrêté, mais la direction de 1' UNEF, repliée à Vichy, le fera libérer pensant à une méprise ; il passe aussitôt à la clandestinité. La direction des étudiants communistes en zone Nord, décapitée, se reconstitue autour de Léon Lavallée, Pierre Noel et Suzanne Djian.
Si l'UELCF est l'organisation étudiante clandestine la plus ancienne, la plus nombreuse et la mieux organisée, la seule à avoir une dimension nationale, elle n’est pas la seule structure résistante créée, animée par des étudiants ou à forte proportion d'étudiants.
Ainsi, Claude Bellanger, que nous avons vu associé à François de Lescure lors du 11 novembre 1940 et qui préside le « Centre d'Entraide aux étudiants prisonniers », a constitué, notamment avec Roger Morais, vice-président et l'un des fondateurs de la Corpo de Lettres de Paris, avec Alfred Rozier, secrétaire général du « Comité Supérieur des Oeuvres en Faveur de la Jeunesse Scolaire et Universitaire », un petit groupe d'obédience gaulliste et qui se manifeste par des diffusions de tracts : « Maintenir » au Laboratoire de Géographie physique de la Sorbonne, en décembre 1940, Philippe Vianney et Robert Salmon rassemblent un petit groupe d'étudiants qui donne naissance à « Défense de la France ». En janvier 1941, à Rouen, des étudiants socialistes, regroupés autour de Georges Brutelle, éditent un premier numéro de Jaurès. En mars 1941 naît au Lycée Henri IV en classe de préparation à « Colo », le groupe des « Volontaires de la liberté » qui grossissent « Défense de la France ». Au printemps 1942, quelques étudiants lyonnais fondent autour de Georges Godard, Louis Rollet et de Louis Rigal les « Forces Universitaires de Libération », qui se transformeront, après fusion avec un groupe de jeunes du mouvement « Combat » en « Forces Unies de la Jeunesse ».
En zone Nord, où le Parti Communiste a lancé le 15 mai 1941 un appel à la création d'un « Front National pour l'Indépendance de la France », une démarche similaire est adoptée au niveau de la jeunesse et des étudiants. La date de création du « Front National Etudiant » (FNE) se situe autour du 14 Juillet 1941 : L'Étudiant patriote, qui en devient l'organe, la situe à la veille du 14 juillet 1941, la Vie du Parti, revue organisationnelle du P.C. clandestin, dans son numéro du 4ème trimestre 1941, « au lendemain du 14 juillet ». Selon Léon Lavallée, la réunion constitutive - qu'il situe bien improbablement vers mai 1941 - aurait rassemblé une vingtaine de délégués dans le Bois de Saint-Cloud. L'objectif est clair : le FNE ambitionne de rassembler -je cite- Gaullistes, Catholiques, Protestants et Communistes. Le FNE est aussi organisé en Zone Sud où il sera dirigé jusqu'à la fin 1943 par Rey (“Piron”), puis de fin 1943 jusqu'à la Libération par Guy Besse (« César »).
Si les Gaullistes ne sont pas réellement organisés en milieu étudiant, les mouvements confessionnels - légaux ou tolérés - le sont. Ainsi en est-il des étudiants protestants de la « Fédération Française des Associations Chrétiennes d' Étudiants », des étudiants catholiques de la « Jeunesse Etudiante Chrétienne ». Si, dans les premiers mois de l’occupation et du régime de Vichy, ces associations ont pu être séduites par le discours pétainiste sur la rechristianisation de la France, les missions caritatives ou d'encadrement, la réalité de la politique de collaboration, les persécutions antisémites, les menaces de création d'une organisation unique de jeunesse pétainiste, le STO perçu comme une déportation de jeunes, avec de plus des conséquences directes sur les études et l'avenir professionnel des étudiants amènent nombre de dirigeants des mouvements chrétiens d'étudiants à entrer en Résistance, y compris de plus en plus avec l'aval des directions de ces mouvements.
C’est le cas des Étudiants protestants, autour de Georges Casalis et dans le mouvement des « Étudiants Protestants Patriotes », c’est aussi celui des Jécistes, que l'on retrouve nombreux dans le mouvement créé autour du journal clandestin Témoignage Chrétien et dans le mouvement des « Étudiants Catholiques Combattants ». À partir de 1943, le secrétariat général de la JEC est en liaison avec le Conseil National de la Résistance et son « Comité Général d'Etudes » qui, placé sous la responsabilité d'un ancien dirigeant de l’ACJF, François de Menthon, travaille à dessiner les contours de la France libérée. Fin 1943 naissent, à l'initiative de responsables et militants Jécistes - notamment de Gilbert Dru - les « Jeunes Chrétiens Combattants », qui rassemblent étudiants et jeunes catholiques et protestants.
En octobre 1943, rapporte Ginette Cros qui fut dans la clandestinité sa secrétaire générale (en même temps que membre du « triangle » de direction des Jeunesses Communistes), les étudiants de divers mouvement de Résistance, Claude Wiener, au nom des « Étudiants Catholiques Combattants », et François d'Humiéres, au nom de 1'« Organisation Civile et Militaire-Jeunes » (OCM-J), répondent à l'appel du « Front national Etudiant » (FNE), pour constituer 1'« Union des Étudiants Patriotes » UEP) ; parallèlement naît une structure spécifique pour les étudiantes résistantes, 1'« Union Féminine Universitaire » (UFU). L'UEP rassemble donc les Étudiants de l'OCM, les « Étudiants Catholiques Combattants », les « Étudiants Protestants Patriotes », l'UFU, le FNE, les « Étudiants de Défense de la France », les « Étudiants Communistes » et les « Étudiants des Mouvements Unifiés de Résistance (MUR) ». Dès la fin 1943, l'UEP commence à organiser des « Comités d'autodéfense étudiants » que, dans son numéro du 15 janvier 1944, 1'Etudiant patriote qualifie de « véritable milice universitaire ». Mentionnons aussi le « Comité d'Action contre la Déportation » (CADI étudiant) qui lutte notamment contre l'application du STO en détruisant ou subtilisant des fichiers universitaires. Nombre d'étudiants participent à la lutte armée et à des actions directes contre l'occupant et les forces de Vichy; il y a par exemple un maquis à majorité étudiante dans la forêt de Fontainebleau, et lors de l'insurrection de Paris, le « sous-secteur Saint-Michel » du dispositif FFI est pris en charge par les étudiants et les jeunes placés sous le commandement d'un responsable de l'OCM-J, Cévennes » (Jean Pronteau). Nombreux aussi sont les étudiants arrêtés, torturés, déportés, fusillés ou tués au combat, tels à Lyon Gilbert Dru des JCC ou Hugues Barange (« Cordier »), chef national zone Sud des Jeunes des MUR, et à Paris, exécutés à la Cascade du Bois de Boulogne, Jean Dudraisil (« Philo ») et Fernand Bellanger, responsables des JCC.
Ces deux courants, l'un autour de la mouvance communiste, l'autre autour de la mouvance catholique qui se réunissent en octobre 1943 au sein de l'Union des étudiants patriotes, sont membres d'un mouvement plus large, créé dans le cadre d'un processus analogue à celui du CNR (Conseil national de la résistance) : les Forces unies de la jeunesse patriotique (FUJP), qui publient une charte de la jeunesse qui est importante, parce qu'à un moment donné dans ce texte clandestin, il est dit « est donné aux étudiants un pré-salaire ». C'est une notion qui apparaît donc déjà au moment de la Résistance.
Il serait long d'évoquer toutes les formes de la Résistance étudiante, dont l'une des plus spectaculaires est la manifestation, comme ce fut le cas le 11 novembre 1940, ou les 4 mars et 13 mai 1944 à Paris contre le STO. Evoquons seulement ses thèmes : aspect patriotique et antifasciste, dénonciation du racisme, de l'Occupation et de la collaboration, lutte contre la loi du 19 octobre 1942 qui prévoit la limitation des inscriptions en Médecine, contre les restrictions à l'enseignement de l'histoire, les modifications obscurantistes des programmes, les révocations de professeurs (Vendries, Prenant..), l'augmentation des droits universitaires, l'insuffisance des bourses, etc.
Un exemple, celui d'Action, organe de l'UELCF zone Sud (Grenoble), qui titre en février 1943
: « Pourquoi cette grande misère des étudiants ? Manger ? : On meurt de faim au restaurant. Dormir ? : Le prix des chambres est prohibitif du fait des réquisitions allemandes. Etudier ? : Il y a le prix des livres, les droits d'inscription augmentent, des bourses et des prêts d'honneur scandaleux... Nous avons une association, l'AG, créée pour défendre nos intérêts corporatifs. Ne la laissons pas mourir par notre absence. En masse, rentrons sans cette organisation, et si les membres du bureau ne se sentent pas de taille à nous défendre à un moment aussi crucial, nommons à leur place des camarades hardis ».
Dans un contexte autre que celui de l'Occupation dans lequel leur dimension résistante est évidente, ce sont là des thèmes revendicatifs classiques d'un syndicalisme étudiant.
Or, sur la plupart de ces questions, mais surtout sur les grands thèmes que sont le combat patriotique, la lutte contre le STO, le combat contre les persécutions antisémites, l'UNEF est au niveau national absente. Pire -cela a été écrit dès la Libération par Paul Bouchet, mais aussi plus récemment par Michel de la Fournière et François Borella, par Alain Monchablon - elle a cautionné. Elle a cautionné en reprenant en partie en 1941 une demande de l'AGE d'Alger de mise en place d'un numerus clausus à l'encontre des étudiants d’origine juive, elle a fait des offres de service quant à la mise en place d'une « corporation étudiante » analogue aux structures professionnelles instituées par Vichy, elle s'est bornée à demander des aménagements du STO pour les étudiants et elle s'est cantonnée à la gestion : gestion des « maisons des étudiants » mises en place par Vichy, du « Centre d'entraide aux étudiants prisonniers » (envoi de colis, de livres, «universités» de stalags), etc. Certes l'UNEF a failli être dissoute par Vichy, mais dans la perspective - avortée - de mise en place d'une organisation unique de jeunesse officielle. A l’inverse, citons le cas de l'AGE de Besançon qui, reconstituée en janvier 1942, refuse en avril de participer à une délégation d'étudiants francs-comtois à Vichy et qui est finalement dissoute en novembre suivant. C'est que si l'UNEF est absente de la lutte de Résistance au niveau national, il en va parfois, bien que rarement, autrement sur le plan des AGE locales : ce sera le cas par exemple de l'AGE de Grenoble qui assure des liaisons clandestines.
On a d'un côté une mouvance résistante au sein de l'UPOE, et d'autre part une UNEF dont on ne peut pas dire qu'elle ait collaboré, mais elle est discréditée, elle n'a pas participé. Si l’UNEF n’est pas dissoute à la Libération (l'AGE de Lyon est toutefois mise sous séquestre), son attitude durant les quatre années de l'Occupation l'ont mise hors-jeu et elle est contrainte de composer avec les organisations de la Résistance étudiante, en premier lieu avec l'Union des Étudiants Patriotes (UEP). Mais l'UNEF n'est pas totalement écartée Ainsi, elle doit accepter le 30 octobre 1944 de faire délégation commune avec l'UEP auprès de René Capitant, ministre de l'Education nationale, pour lui présenter les revendications étudiantes, dont celle du présalaire. Le 11 novembre suivant, elle n'est qu'au second plan derrière l'UEP lors de la commémoration par 15 000 étudiants parisiens de la manifestation à l'Etoile du 11 novembre 1940 et, lors de la rentrée solennelle de l’Université de Paris le 23 janvier 1945 en présence du général de Gaulle, c'est la représentante de l'UEP, Annie Descombey, qui prend la parole au nom des étudiants.
Toutefois, c'est au siège de l'UNEF qu'est constituée le 16 février 1945 1'« Union Patriotique des Organisations d'Étudiants » (UPOE) qui, se définissant comme la « commission étudiante » de 1'« Union patriotique des Organisations de Jeunesse » (UPOJ), rassemble les organisations fondatrices de l'UEP, l'UFU, les étudiants socialistes, les étudiants du MRP, les organisations chrétiennes d'étudiants, les étudiants du Scoutisme français, les Étudiants Juifs de France, les étudiants de 1'Union de la Jeunesse Juive (UJJ), les étudiants de la Conférence Saint-Vincent-de-Paul, les étudiants du Mouvement National des Prisonniers et Déportés, les étudiants des Equipes Sociales, les étudiants du MLN et l'UNEF, dont le rôle est minime au sein de ce rassemblement.
Les menaces qui ont pesé sur l'UNEF à la Libération - menace de marginalisation, menace d'absorption au sein d'une organisation plus large que pouvait préfigurer l'UPOE - vont s'estomper dès la fin 1945. Pour plusieurs raisons : l'UPOE, que Paul Bouchet qualifie en 1949 dans un article du Semeur de « parlement étudiant », ayant instauré comme règle de fonctionnement celle de l'unanimité et un secrétariat tricéphale n'ayant ni pouvoir de décision, ni rôle représentatif, renouvelable semestriellement, n'aura jamais de réelle efficacité ; d'autant plus que le contexte de la Guerre froide se mettant en place, la coupure va se faire entre les organisations d'étudiants communistes ou contrôlées par les communistes étudiants de l'UJRF, UJJ, UEP, UFU, FNE, étudiants de l'OCM et du MLN, et les autres, coupure qui relativisera les solidarités issues de la Résistance.
Et puis surtout l'UNEF a écarté ses dirigeants compromis sous Vichy, et entamé une évolution vers une démarche syndicale qui se concrétisera en 1946 avec l'adoption de la « Charte de Grenoble ».