La revue du Groupe d'études et de recherche sur les mouvements etudiants

L'UNEF, les étudiants pendant la guerre de 1939-1945 et sous l'occupation : attentismes, collaborations et résistances - Contributions

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Stéphane Merceron

L’UNEF des années noires

Texte intégral

Comparées aux précédentes années de l’entre-deux guerres, les années 1937-1939 semblent déterminer une période de changement pour l’Union Nationale des Étudiants de France. Il convient sans doute de souligner que celle-ci coïncide avec la nomination d’un ancien vice-président de l’UNEF — Alfred Rosier — comme chef de cabinet de Jean Zay au minis­tère de l’Éducation nationale, et à l’élection lors du Congrès de Vichy en avril 1937 de Claude Delorme — un membre de la LAURS1 — à la présidence de l’Union Nationale. Les changements qui interviennent pendant cette période peuvent être mesurés au regard de l’institutionnalisation croissante de ses rapports avec les pouvoirs publics. Celle-ci se manifeste dès les premiers jours du ministère Jean Zay à l’occasion de la création du Comité Supérieur des Oeuvres sociales en faveur des étudiants, le 27 juillet 1936, qui se voit doté d’une représentation étudiante par l’intermédiaire de représentants de l’Union Nationale. De cette période de collaboration étroite entre l’UNEF et le ministère de l’Éducation nationale, on retiendra le retour de l’UNEF à un rôle de premier plan au sein de la Confédération Internationale des Étudiants débouchant sur l’organisation du congrès de la CIE à Paris lors de l’Exposition universelle de 1937 et l’élection de Claude Delorme à la présidence de la CIE, la présence de Jean Zay lors des séances d’ouverture des trois congrès d'avant-guerre, enfin le redresse­ment des finances de l’Union Nationale à partir de 1938. En 1939, l’UNEF est une organisation qui a l’écoute des pouvoirs publics et fonctionne grâce aux subventions publiques qui lui sont accordées comme nous le montrent les recettes du budget prévisionnel pour l’année 1940 : 5.000 frs de cotisations des membres, 35.000 frs de subvention de l’Éducation nationale, et 50.000 frs de subvention du ministère des Affaires étrangères. Les attitudes successives de l’UNEF vis-à-vis des problèmes coloniaux sont également révélatrices des changements qui s’opèrent en son sein à partir de 1937. Alors que l’Empire français est redevenu un sujet d’actualité depuis le début des années trente, ce n’est qu’à partir de 1937 que l’Union Nationale commence à le prendre en compte au travers de ses aspects étudiants et universitaires. Celle-ci se manifeste d’abord par le rétablissement de liens avec des Associations Générales regroupant des étudiants métropolitains originaires de différentes parties de l’Empire, par une plus grande participation des AG d’outre-mer aux débats de l’Union Nationale pendant l’année universitaire 1937-1938, par l’étude des revendications corporatives spécifiques de ces étudiants lors du Congrès de Nice en 1938, et par la création lors de ce même congrès d’une troisième vice-présidence — non prévue par les statuts de l’UN — ayant en charge les relations de l’UNEF avec les étudiants d’outre-mer et leur représentation vis-à-vis des pouvoirs publics2. A partir de l’automne 1938, la rapide dégradation de la situation internationale modifie le regard que porte l’UNEF sur les problèmes d’outre-mer. En octobre, après la conférence de Munich, elle sort de ses préoccupations corporatives traditionnelles, pour dénoncer les thèses racistes consignées dans Mein Kampf et rappeler aux étudiants noirs que « de tous les pays du Monde, la France est le seul où, sans distinction raciale, il y ait eu des généraux noirs, des ministres noirs [...] car on [y] juge les hom­mes à leur valeur, et non à leur couleur »3. En décembre, elle est à la tête des manifestations étudiantes refusant les prétentions de Mussolini sur Nice, la Corse, la Savoie, la Tunisie et Djibouti. En avril 1939, lors du Congrès de Versailles, c’est une Union Nationale qui semble avoir pris la mesure de ses propres prises de positions qui transparaît à travers les débats. On y célèbre l’UNEF de la plus Grande France, une France regroupant les 110 millions d’habitants de la métropole et de l’Empire, une France  où tous les étudiants auraient les mêmes des droits et les mêmes devoirs. Aussi demande-t-on la simplification des formalités de naturalisation pour les étudiants coloniaux  et l’accès à une citoyenneté pleine et entière pour les sujets français titulaires de diplômes de l’enseignement supérieur. Aussi L’Action Française peut-elle titrer dans son édition du 1er mai 1939 « Les étudiants coloniaux devront se convertir au judaïsme ? »4, faisant ainsi allusion aux origines juives du vice-président chargé des relations avec les étudiants d’outre-mer.

Concernant l’Union Nationale des Étudiants de France entre 1937 et 1944, la première chose que l’on peut observer c’est qu'elle constitue en quelque sorte l’enfant délaissé d’une histoire de la jeunesse « dans la France des années noires » qui s’est singulièrement enrichie depuis le début des années quatre-vingt. L’Union Nationale regroupe pourtant, par l’intermédiaire de ses Associations Générales, plus de 21.000 adhérents en 1939, soit à peu près un étudiant sur quatre, ce qui la situe au niveau de la Jeunesse Ouvrière Chrétienne et à un niveau cinq fois supérieur à celui de la Jeunesse Étudiante Chrétienne qui, elles, ont fait l’objet d’un certain nombre d’études. En rétrécissant notre champ chronologique à la seule «France de Vichy», on s’aperçoit que trois types de mouvements de jeunesse ont été retenus par l’historiographie. Ceux qui ont été créés par Vichy, dans sa tentative d’encadrement de la jeunesse comme les Compagnons de France, mouvement qui regroupe 30.000 jeunes en 1943. Ceux dont se sont dotés les partis collaborationnistes dont les effectifs oscillent entre 3 et 5.000 membres comme la Jeunesse de France et d’outre-mer, la Jeunesse populaire française, ou encore, les Jeunes de l’Europe nouvelle. Enfin, des mouvements qui n’ont pas été dissous par Vichy en août 1940, comme les différents mouvements du scoutisme et les mouvements confessionnels. On peut sans doute avancer au moins deux explications sur cette absence de l’UNEF dans l’historiographie de la période. D’une part l’UNEF a pu paraître un peu fade. On ne peut pas la classer comme un mouvement auxiliaire de la Révolution nationale, encore moins comme un mouvement collaborationniste, malgré le maréchalisme affiché de certains journaux d’AG ou l’appartenance au Conseil National de Vichy d’un de ses présidents. Et on ne peut pas non plus la caractériser comme une association engagée dans la Résistance malgré l’engagement d’un certain de nombre de ses responsables. D’autre part, l’UNEF a perdu entre la fin des années vingt et le début des années trente, sa vocation seconde de lieu de formation des élites politiques, comme l'a montré récemment Didier Fischer lors d’un séminaire à l’IHTP.

L’étude de l’UNEF pendant cette période n’est pourtant pas dénuée de tout intérêt. Tout d’abord elle exprime une volonté de neutra­lité vis-à-vis du politique et du religieux qui la distingue des autres mouvements.
Ainsi, elle n’est pas guidée dans ses choix et dans son fonctionnement par des dirigeants qui lui sont extérieurs. Par exemple, la réaction  de l’UNEF et de ses membres à la situation politique générale et aux politiques de la jeunesse en particulier, n’est pas soumise au filtre que peut constituer, par exemple, la hiérarchie catholique pour les mouvements de l’Association Catholique de la Jeunesse Française, ou les directions des partis politiques pour les mouvements de jeunesse qui leur sont rattachés. Deuxièmement, c’est un mouvement particulièrement attentif aux changements politiques, malgré sa neutralité affichée, pour au moins trois raisons. Il se considère comme la future élite de la nation. Il exerce une fonction de représentation des étudiants vis-à-vis des pouvoirs publics. Il privilégie des moyens d’action institutionnels pour atteindre ses objectifs. Troisième intérêt, l’UNEF constitue un « groupe social » qui peut donc être étudié comme tel dans son environnement social, culturel, économique et politique. Ses membres y sont en interaction selon des règles fixées et acceptées par tous, le respect scrupuleux des statuts en est un exemple. Ils y nouent des rapports sociaux caractéristiques entraînant l’observation d’un certain nombre de pratiques. Ils partagent le sentiment de constituer une identité particulière dont le folklore étudiant est l’une des affirmations les plus spectaculaires.

Nous allons maintenant tracer à grands traits une esquisse de ce qui semble avoir été la «réalité» de l’UNEF entre le déclenchement du second conflit mondial et la Libération. Nous insisterons plus particulièrement sur la période qui va de la mobilisation, le 1er septembre 1939, au congrès de la Zone Sud qui se tient à Tain en avril 1941. Les années 1942-1945 ne seront abordées qu’au travers des événements les plus importants. Pour finir, dans l’optique du débat que nous allons mener sur la Charte de Grenoble et la naissance d’un syndicalisme étudiant, nous soumettrons quelques propositions tendant à modifier le regard que l’on peut avoir sur les conditions d’émergence d’un syndicalisme étudiant à partir de 1945.

A l’annonce de la mobilisation, le choix effectué par l’UNEF est extrêmement clair. Il s’agit pour elle de maintenir ses activités pour préserver la pérennité de ses Oeuvres. A cette fin, Jean David, vice-président chargé des relations avec les étudiants d’outre-mer et seul membre du bureau à ne pas être mobilisé, est désigné pour faire fonction de président. Dès le 2 septembre, il envoie sa première circulaire aux AG pour indiquer qu’il suit les Oeuvres dans leur repli à Vallères, près de Tours. Cette circulaire, co-signée par Alfred Rosier en tant que secrétaire permanent des Oeuvres et celle qu’il enverra le 16 septembre, fixent une ligne de conduite qui sera respectée par les dirigeants successifs de l’Union Nationale jusqu’à la Libération : « maintenir l'UNEF pour maintenir les œuvres »5. Ajoutons qu’il s’agit tout autant de « maintenir les œuvres » pour que l’UNEF ait les moyens de continuer à jouer un rôle auprès des étudiants. Tout naturellement, le premier acte de l’Union Nationale est aussi la première manifestation de cette volonté. Pour faire face à la situation créée par la mobilisation, elle crée avec le Comité Supérieur des Oeuvres (CSO) le Centre d’Entr’aide aux Étudiants Mobilisés (CEEM) destiné à soutenir par des envois de livres et de colis, le moral des étudiants mobilisés. Dans le même temps, Le Courrier des Étudiants édité par l’UNEF et le CSO devient Le Courrier de l’Étudiant aux armées dont le tirage passera rapidement de 10.000 à 30.000 exemplaires et pour lequel les AG assurent la collecte des adresses militaires de tous les étudiants mobilisés de leur université. Pour accentuer le lien qui doit unir ceux qui sont partis à ceux qui restent, on procède à la distribution gratuite de la carte d’adhérent de l’UNEF à tous les étudiants mobilisés. « Au moment où la majorité des jeunes Étudiants a été arrachée par la guerre à ses travaux et à sa vie universitaire, [Alfred ROSIER] ne doute pas que pour ceux qui restent, comme pour ceux qui participent sur le front à la défense de notre culture, une seule communauté existe, qui est représentée par les délégués de l’Union Nationale des Étudiants, dont 30.000 membres sont sous les armes »6. Pour les pouvoirs publics, l’UNEF continue de justifier pleinement son existence. Se rendant de Vallères à Paris pour rencontrer, trois jours après sa nomination, le nouveau ministre de l’Éducation nationale, Yvon Delbos, Jean David est reçu sans rendez-vous cinq minutes après son arrivée au ministère. D’un point de vue organisationnel, bon nombre d’AG qui semblaient décapitées en septembre 1939, retrouvent peu à peu leurs marques à partir de décembre. A cette date, Jean David est en contact avec les 4/5 des AG Au Conseil d’administration du 24 décembre, les 12 AG de province qui ont pu se faire représenter adoptent un «protocole de fonctionnement de l'UNEF pendant toutes les hostilités» précisant qu’« aucun Congrès National d’Étudiants ne saurait être tenu en l’absence des étudiants mobilisés qui constituent une large majorité des membres de l’UNEF et que les membres du bureau de l’UN élus au dernier congrès [...] reste[nt] nominativement en fonctions pendant toute la durée des hostilités »7. Dans cette optique, le congrès de Pâques est rempla­cé par un Conseil d’administration qui se tient à Bordeaux du 28 au 30 mars 1940. L’UNEF aura donc voulu rester un point de repère pour tous les étudiants dans l’attente de la victoire promise. Le bilan que l’on peut dresser des différentes initiatives prises par les AG et le CEEM indique que cet objectif a pour partie été atteint. L’émotion qui se dégage des lettres adressées à Jean David par des étudiants coloniaux mobilisés et des étudiants étrangers en est un signe8.
En voici  trois des plus beaux extraits :

« L’heure a sonné de payer notre tribut à la mère patrie. Nous sommes nés pendant la guerre de 1914-1918, et nous participons à celle de 1939. Pauvre généra­tion ! Adieu études, espoirs, projets d’avenir, rêves de jeunesse ! Nous avions compté sans l’ambition et l’orgueil d’un despote. [...] Quoiqu’il en soit, la France peut compter sur nous, car notre sang coulera pour la bonne cause. On se fera “casser la gueule” pour la France, [...], cette France qui a décrété que “nulle terre française ne devait plus porter l’esclavage ».
Gilbert Anselme, étudiant guadeloupéen, Vice-Président de l’AGE de Nancy, le 15 septembre 1939.

« Nous avons senti qu’il est de notre devoir de nous engager volontairement par le simple fait que la victoire de la France contribuera au rehaussement de notre pays ; par contre la domination allemande équivaut à l’esclavage des hommes de couleurs. [...]. On m’a fait beaucoup de reproches à cause de ce geste : vous avez une valeur intellectuelle, geste inutile etc. etc. vous rendez plus de services etc. Je pense par contre que c’est mon devoir de soulager le sort des milliers d’engagés volontaires mal­gaches qui ne sont que des illettrés et qui ont senti pourtant eux aussi cet appel. [...]. C’est  nous, intellectuels et fils de famille, qui devons donner l’exemple [...]. Certainement du sang malgache sera versé sur le sol français [...]. Nous espérons en tout cas que ce sang resserrera davantage le lien qui unit la France et Madagascar et qu’on en tiendra compte plus tard pour la construction et l’évolution de notre Pays malgache qui nous est cher ».
A. Rakoto-Ratsimamanga, Président de l’Association des Étudiants d’origine Malgache, le 25 septembre 1939.

« Le Comité “Pour les Alliés” du lycée uruguayen “Hector Miranda”, constitué sur la seule initiative des élèves, à l’honneur de vous adresser la somme de 126 pesos réunie au cours d’une courte campagne en faveur de la cause sacrée défendue par la France et l’Angleterre. C’est un apport matériel bien modeste pour nos camarades, pour les étudiants français mobilisés ».
Oscar Pintos, Montevideo, le 9 décembre 1939.

Comme pour tous les Français, la défaite de juin 1940 constitue un choc brutal pour l’Union Nationale. La France est vaincue. Des étudiants sont morts – on n’oubliera pas de leur rendre hommage –, d’autres sont prisonniers. Surtout, la ligne de démarcation et celle qui sépare la Zone Occupée de la Zone Interdite séparent l’Union Nationale en trois parties. En Zone sud, la première des préoccupations de Jean David est d’installer son secrétariat à Clermont-Ferrand, « à proximité des ministères à Vichy »9 pour maintenir le contact avec les pouvoirs publics. Il y rencontre dès son arrivée, fin juillet, Émile Mireaux, le nouveau ministre de l’Instruction publique. Après une petite réunion tenue à Tain le 12 août 1940, à la­quelle participent Jean David, René-Yves Le Mazou — secrétaire général de l’UNEF —, Paul Durand — 1er vice-président ayant en charge la trésorerie –, et Alfred Rosier,  l’UNEF propose naturellement son aide et son expérience au ministère de l’Instruction publi­que et des Beaux arts, au Haut commissariat à l’Éducation physique et aux Sports, et au Commissariat Général à la Jeunesse où elle ressent déjà l’influence grandissante des mouvements catholiques. Ce choix est confirmé par un Conseil d’administration de la Zone Sud le 30 Août. L’accord passé avec le ministère de l’Instruction publique prévoit : l’appui du ministère à l’UNEF et à ses Oeuvres, une collaboration encore plus étroite entre l’Union Nationale et le secrétariat des Oeuvres, la révision des statuts des AG pour permettre la participation d’anciens de l’Union Nationale, le contrôle financier des AG par les autorités académiques et la création effective dans chaque AG de «comité de patronage des étudiants» comprenant un représentant nommé par le recteur. La volonté ministérielle d’exercer un contrôle sur les AG pour ne pas laisser les étudiants totalement maîtres de leur action est manifeste. Prenons garde de ne pas y voir seulement la volonté du nouveau régime d’exercer sur l’UNEF le même contrôle que celui qu’elle tente d’exercer sur l’ensemble de la société française. Certaines de ces mesures avaient déjà été discutées avant-guerre en vue de remédier à certains dysfonctionnements. Il semble par contre que dès la fin du mois de juin 1940, les rapports avec le ministère de la Jeunesse aient pour le moins été tendus. Lui reprochant « d’être de l’ancien régime et [...] dirigée par un juif (Jean David) », on y aurait projeté « la disparition de l’UNEF au profit des cercles confessionnels ». Autant d’ « attaques » justifiant le fait que Le Mazou ait été trouver le président Laval pour y mettre fin10. Les rapports entretenus par l’UNEF avec le ministère de l’Instruction publique puis de l’Éducation nationale varièrent par la suite en fonction des ministres. Bons avec Georges Ripert, ils devin­rent tendus avec Jacques Chevalier qui la veille de son départ du Ministère adressa aux recteurs une circulaire leur disant de procéder à la transformation des AG et à la nomination de nouveaux dirigeants. Redevenus bons avec Jérôme Carcopino, ils se dégradèrent très rapidement après la nomination d’Abel Bonnard en avril 1942. L’esprit de la Révolution nationale pénétrera très vite un certain nombre d’AG à l’exemple de celles de Montpellier et de Grenoble dont les journaux Le Cri des étudiants et Promontoires vantèrent rapidement les mérites. En Zone nord, l’activité est prise en main par François de Lescure, président de la Corpo des Lettres à Paris et directeur de l’Office des Lettres depuis le Conseil d’administration de décembre 1939, qui devient Président de la Fédération des Étudiants de Paris et «délégué de l'UN en Zone occupée». Nous ne savons rien de la façon dont il est désigné. Il ne semble pas qu’il ait été élu. Il apparaît comme le seul responsable présent à Paris pendant l’été 1940. Responsable parisien clandestin de l’Union des Étudiants et Lycéens Communistes, il saisit sans doute une opportunité11. Sans doute a-t-il bénéficié très tôt de l’aide d’Alfred Rosier avec qui il fonda le mouvement de résistance « Maintenir » dès septembre 194012. Sa première tâche consiste à renouer les liens avec les AG de la Zone nord. C'est chose faite à la fin du mois de septembre 1940. On peut sans doute situer dès cette pé­riode le début d’un mouvement qui conduira progressivement à un renforcement du rôle exécutif joué par le bureau de l’UNEF vis-à-vis des AG Il y a nécessité d’une plus grande cohésion pour faire face à la nouvelle situation comme en témoigne une circulaire envoyée le 3 septembre 1940 par François de Lescure aux AG de la Zone nord :

 « Tu es aussi d’avis, je pense, qu’actuellement il faut s’unir et se renforcer pour résister aux tentatives de différentes sortes qui sont déjà ou vont être faites pour essayer de nous désorganiser ou de nous donner des buts qui ne sont pas les nôtres. [...] Les A.G. ne doivent pas se laisser prendre de vitesse par des organisations aux buts plus ou moins définis. Nous devons plus que jamais nous affirmer comme les porte-parole de tous les étudiants de France »13.

La correspondance qui arrive à l’UNEF est importante : étudiants, familles d’étudiants — étudiants prisonniers souvent — s’interrogent sur la future libération des prisonniers, la reprise des cours en facultés, la validation des examens de juin, parfois interrompus par un bombardement, les modalités d’exemption des Chantiers de jeunesse... Les AG font le compte-rendu de leur activité depuis le mois de juin, demandent les nouvelles cartes de l’UNEF pour préparer la rentrée. Elles s’interrogent sur un avenir très incertain et dont on redoute qu’il passe par une emprise du gouvernement sur l’Union Nationale. Le ton exprimé par les AG de la Zone nord semble très différent de celui exprimé par les journaux d’AG de la Zone sud. L'occupation est une réalité que ne parvient pas à gommer le discours de Vichy. Pour Roger Geniaux de l’AG de Rouen, « Les A.G. de­vraient être combles car si malheureuse­ment quelques camarades ne sont pas revenus, la foule de ceux qui sont ici ne savent pas que faire de leur temps libre ; presque plus de cinéma, des cafés où l’on boit de l’eau, jusqu’aux bordels qui sont réservés » !14 A Paris, la principale activité de l’UNEF est de participer à la gestion du Centre d’Entr’aide aux Étudiants Prisonniers, dont la direction a été confiée par Alfred Rosier à Claude Bellanger — encore un ancien15. D’octobre à fin décembre, ce sont 25 000 ouvrages, repré­sentant douze tonnes, pour l’ensemble des 108 camps d’Allemagne qui sont expédiés. Cette solidarité active constituera à Paris comme dans de nombreuses AG l’une des principales activités de l’UNEF pendant toute la guerre.

Le Congrès tenu à Tain (près de Tournon) en Zone sud du 14 au 18 avril marque la fin de cette première période. Il ne semble pas exister de compte-rendu de ce congrès. On le connaît surtout par un compte-rendu publié par Le Cri des Étudiants de l’AG de Montpellier16. Ce compte-rendu met surtout en avant la volonté de l’UNEF de participer à la Révolution nationale. Pour le représentant de l’AG de Montpellier, « pour la première fois depuis son existence, l’UN qui, jusqu’ici n’avait jamais admis (et ceci fort scrupuleusement) la moin­dre activité politique, décida «de faire de la politique»... et c’[était] tout à son honneur [...] car dans un magnifique élan de patriotisme et de rénovation, l’Union Nationale [...] a élaboré le 15 avril 1941 à Tournon son programme d’action politique qui se résume en deux mots : Suivre Pétain ». Le congrès cependant voit  s’opposer ceux qui « réclame [nt] une organisation officielle de tous les étudiants sous la forme d’une véritable « corporation » avec inscription obligatoire, s’intégrant dans le cadre [...] des AG  mais avec certaines modifications (concernant la nomination des dirigeants et le contrôle de leur activité) », conduit par Ponseillé, le président de l’AG de Montpellier et ceux qui « refuse[nt] l’inscription obligatoire aux AG tout en reconnaissant la nécessité d’un organisme supérieur de direction portant au moins sur les principales créations de chaque AG (finance, secrétariat général) », emmenés par Georges Bellot le président de l’AG de Clermont-Ferrand.  Le compte-rendu fait état «d’une discussion sur la question juive présentée dans un esprit de justice mais de profond esprit français par Gillot», le président de l’AG d’Alger (membre de l’Action Française). Le Conseil d’administration du 11 janvier 194217, présidé par Le Mazou, nous donne également certains détails de ce petit congrès.

« Les débats [y] ont été souvent orageux, notamment pour les problèmes concernant les étudiants coloniaux et l’admission des Juifs à l’Université. [...] Gillot, Président de l’AG [d’Alger], a soumis au congrès un long rapport sur les Juifs et terminait en demandant le numerus clausus pour leur entrée à l’Université en déclarant que, si l’on veut arrêter un fleuve, il faut le faire à la source et non à l’embouchure. Ses conclusions, 3%, furent votés par une majorité d’étudiants ».

Cette dernière précision pourrait avoir son importance. Si l’approbation avait été massive aurait-on jugé nécessaire de préciser qu’elle fut votée par «une majorité d'étudiants» ? Ne nous dit-on pas aussi que ce débat a été orageux. Aucune décision n’est prise au sujet réforme de l’Union Nationale et des AG On demande à Bellot et Ponseillé de préparer deux projets destinés à être soumis plus tard à l’avis du bureau de l’UNEF. Le bureau qui est élu à l’issue du congrès est un bureau de compromis majoritairement acquis aux thèses de la Révolution nationale. René-Yves Le Mazou, ancien secrétaire général, membre du Comité de propagande sociale du Maréchal, est élu à la présidence. Georges Bellot est élu secrétaire général. Fait exceptionnel, six vice-présidents sont désignés. Ponseillé devient vice-président à la propagande et Gillot vice-président délégué à l’Afrique du Nord.

En Zone nord, les préoccupations restent les mêmes. Il semble impossible de pouvoir peser sur les évènements, les pouvoirs publics étant établis en Zone sud. La principale activité reste l’effort de solidarité envers les 14.000 étudiants prisonniers inscrits dans les registres du CEEP. Ne recevant plus de subventions, l’UNEF de la Zone nord fonctionne grâce aux avances que lui consent le CSO. En octobre 1941, un projet de réorganisation des associations étudiantes sous le nom de « Corporation Nationale des Étudiants » prévoit la dissolution de l’UNEF. Il est finalement refusé par les autorités d’occupation qui voient d'un mauvais oeil la constitution d'un vaste mouvement de jeunes sous contrôle du gouvernement. La division est moins dangereuse. L’UNEF est dans l’expectative. On écrit à l’Amiral Darlan pour plaider la cause de l’Union Nationale18 mais la question reste posée. Elle rebondit avec l’arrivée d’Abel Bonnard au ministère de l’Éducation nationale. Le 12 septembre 1942, le ministre présente son projet de « Conseil National des Étudiants ». Il restera lettre morte. L’opposition de l’Église à la main mise de l’État sur ses propres mouvements et la rivalité qui oppose les partisans d’une «Jeunesse unique» aux partisans d’une « Jeunesse unie » profitent à l’UNEF. Le 17 février 1943, le Service du Travail Obligatoire est institué en pleine année universitaire. L’inquiétude est grande parmi les étudiants, de nombreuses lettres arrivent au siège parisien de l’UNEF, qui s'emploie à obtenir des aménagements. Le début de l’année 1943 est également marqué par l’ouverture de la ligne de démarcation consécutive à l’occupation de la Zone sud par les allemands. Elle permet à l’UNEF de se réunifier. Le 14 mars, lors d’un « déjeuner »19, vingt-cinq membres du bureau et délégués des deux zones décident la tenue d’un congrès. Il se déroule à La Chapelle-en-Vercors du 28 avril au 2 mai 1943.

René-Yves Le Mazou cesse toute activité au sein de l’UNEF pendant la période de préparation du congrès. Certes, en application du protocole de fonctionnement de l’UNEF pendant la guerre, le retour d’Allemagne d’Albert Lenclud, président élu en 1939, a naturellement posé la question de son départ de la présidence. Comment ne pas s’interroger sur le départ brutal20 d’un dirigeant si marqué « Révolution nationale ». Risquons une hypothèse. Élu pour diriger un bureau recherchant une collaboration poussée avec les pouvoirs publics, René-Yves Le Mazou est confronté à  l’impossibilité de résoudre avec les pouvoirs publics la question de l’avenir de l’UNEF, à l’activité grandissante des mouvements étudiants confessionnels en Zone sud et à la disparition des subventions ministérielles. Les AG de la Zone nord qui subissent l’occupation allemande dans toute sa rigueur depuis 1940, ne partagent pas le maréchalisme du président par intérim et de certaines AG de la Zone sud. Aussi, la réunification des AG de la Zone nord avec celles de la Zone sud est-elle de nature à modifier l’équilibre issu du Congrès de Tain qui semble avoir été reconduit lors d’un congrès tenu en mars-avril 1942 à La Bourboule. Nous savons que l’hiver 1942-1943 correspond à une phase de basculement dans la popularité du régime. Il est donc permis de penser que dans ces circonstances, la démission de René-Yves Le Mazou prend un sens que pourrait tout aussi bien traduire les noms des trois responsables qui assistent Albert Lenclud lors de l’assemblée générale d’ouverture du congrès : Georges Bellot, secrétaire général, président de l’AGE de Clermont-Ferrand et membre de la Résistance ; Louis Laisney, ancien président de l’AGE de Caen, secrétaire général pour la Zone nord, également membre de la Résistance ; Jean Cosson qui a pris la succession de Jean David à la tête de l’AGE de Nancy. Le Congrès de 1943, s’ouvre par un discours d’Albert Lenclud qui ressemble fort à un testament «politique». Il y rappelle le long chemin parcouru depuis 1907 en soulignant toute l’attention que l’on doit porter aux Oeuvres fondées par l’UNEF. Il annonce à « [ces] jeunes camarades [...] [qu’] aux listes déjà longues des monuments aux morts [ils auront] à graver d’autres noms [pour] que les généra­tions d’étudiants et surtout ceux qui [les] regardent et qui trop souvent [les] critiquent sachent [qu’ils ont] toujours fait [leur] devoir. Maintenant que [l’] existence [de l’UNEF] est menacée, que [les] associa­tions risquent de perdre les derniers libertés qu’on accordait aux Universités, il leur de­mande de reprendre [leurs] traditions et de défendre jusqu’au bout les intérêts des étu­diants et leurs dernières libertés. [...]. Pour le reste, il les invite à appliqu[er] la thérapeuti­que cartésienne [en] n’admett[ant] rien pour certain [qu’ils n’aient] vérifié comme tel »21. Le congrès est surtout marqué par une opposition entre le projet de réorganisation de l’UNEF présenté par l’AGE de Montpellier et celui présenté par Emmanuel Villedieu, le président de l’AGE de Caen qui insiste sur la nécessité de conserver à l’UNEF son indépendance vis-à-vis des pouvoirs publics. C’est ce dernier qui est adopté. Contrairement aux précédents projets élaborés, il ne s’inscrit plus dans la perspective d’une proposition à présenter aux pouvoirs publics mais dans celle d’une préparation « à la lutte pour la défense des intérêts des étudiants » au cas où le gouvernement leur demanderait leur opinion, et surtout, en vue de « préparer quelque chose de cohérent pour l’après-guerre »22. Georges Bellot est élu président de l’UNEF par 70 voix contre 41 au candidat de l’AGE de Montpellier. Après la réception du Congrès à Vichy par le Maréchal Pétain, Louis Laisney  « fait parvenir à Londres une petite rectification, et on lui [répond] qu’on [a] pris acte [...] que l’Union Nationale n’ [a] rien à voir avec Vichy, et surtout [qu’on sait] que ses dirigeants [ne sont] pas nommés par Vichy »23.

Jusqu’à la Libération, les difficultés vont aller croissantes avec le ministère d’Abel Bonnard, l’un des ministres les plus collaborationnistes. En janvier 1944, lors d’un Conseil d’administration où Emmanuel Villedieu remplace Georges Bellot à la présidence, on vote une adresse unanime au général De Gaulle. Les derniers mois voient s’accentuer la pression sur l’UNEF, des responsables sont inquiétés et la Gestapo perquisitionne aux Oeuvres. A la Libération, l’UNEF est confrontée à la concurrence des mouvements de jeunes issus de la Résistance. La question de sa représentativité est posée. Enfin, elle éprouve des difficultés à reprendre la place qu’elle occupait avant-guerre au sein des Oeuvres.

Par rapport au sujet de notre rencontre on peut avancer deux propositions qui tiennent compte de ce que nous venons de voir sur la situation de l’UNEF entre 1939 et 1944.

1. L’UNEF constate qu’en l’absence d’un dialogue avec les pouvoirs publics dans lequel elle peut user de sa compétence et de ses réseaux d’anciens — ce qui n’est pas le cas pendant Vichy, malgré la présence d’un ancien au Commissariat Général à la Jeunesse car la plupart sont marqués du sceau de la IIIe République —, il lui manque la capacité d’imposer ses choix. Une déclaration d’Emmanuel Villedieu au Congrès de Dax, en 1945, à propos des élections aux conseils d’université illustre très bien les conséquences pratiques de ce constat :

 « Ce que nous exigeons, c’est une décision publique, une prise de position immédiate. Si cette prise de position est acceptée, ça ira fort bien, l’Union Nationale marchera main dans la main avec le Ministère ; si elle n’est pas acceptée, nous entrerons en lutte avec lui jusqu’à ce qu’elle soit acceptée »24.

C’est, avec la question la représentativité de l’UNEF posée par la concurrence des autres mouvement de jeunesses politiques et confessionnels, l’une des préoccupations qui amène l’UNEF à considérer comme nécessaire l’élargissement de « sa base » afin « d’imposer avec plus de force ses revendications »25.

2. Autre conséquence directe de la période antérieure. Si l'on regarde l’évolution de l’opinion publique française tout au long de la période, on s’aperçoit que « la distinction [...] entre la zone nord et la zone sud détermine­rait [...] des choix plus volontiers et plus longtemps pétainiste dans le sud, plus tôt critique, sinon résistant dans le nord »26. L’UNEF n’échapperait pas à ce schéma involontairement exprimé par Louis Laisney au Congrès de Dax lorsqu’il indique que « comparativement à l’attitude de l’Union Nationale pendant ces quatre années » les AG de Lyon, de Montpellier, et de Toulouse -AG de la Zone sud-  « sont des associations collaboratrices à côté de l’UN. qui était une association de résistance »27. Cette situation aurait pour effet immédiat la mise en place à la Libération de bureaux d’AG complètement neufs dans la plus part des AG de l’ancienne Zone sud. Dans l’ancienne Zone nord, il semble au con­traire que passée la coupure de septembre 1939 - juin 1940, il n’y ait pas eu de véritable coupure générationnelle. Le parcours des honneurs qui amène le jeune étudiant à gravir un à un les différents échelons de l'AG y est respecté sous l’oeil bienveillant d’anciens qui favorisent — selon un schéma qui n’est pas propre aux organisations étudiantes — ceux qui leur ressemblent le plus. Nous aurions là une première ligne de partage possible entre les partisans d’une UNEF profondément rénovée et ceux d’une UNEF plus conforme à ce qu’elle était avant-guerre.

Pour la première fois lors du Congrès de Dax en 1945, le mot « syndicalisme » est employé dans un congrès de l’UNEF en lieu et place du mot « corporatisme » pour traduire le sens de son action. Les pratiques de l’UNEF ont-elles pour autant fondamentalement changé? Celles qui se dessinent à partir de 1945 s’opposent-elles suffisamment à celles de 1938 pour justifier ce glissement lexicologique ou est-ce plutôt la «représentation» qu’un certain nombre de dirigeants se font de leur action qui a changé, le terme « corporatisme » ayant été usé par l’usage qui en avait été fait sous l’État français ? Dans ces conditions, ce serait la nature du débat sur la mission « corporative » ou « syndicale » de l’UNEF — qui reviendra constamment par la suite, y compris comme prétexte, jusqu’à la scission de 1961/1962 — qui se trouverait modifié. Son enjeu porterait alors autant sur le développement de l’acceptation du mot « syndicalisme », que sur sa «définition», ce qui nous conduirait à nous interroger sur le fondement du découpage UNEF « corporatiste » - UNEF « syndicaliste » par delà le Congrès de Grenoble de 1946, ou tout au moins de le relativiser.

Notes de bas de page numériques :

1 Ligue d’Action Universitaire Républicaine et Socialiste.
2 Cette vice-présidence est confiée à Jean David, président de l’AGE de Nancy et directeur de l’Office de Presse Universitaire de l’UNEF.
3 BDIC, 4° delta 1159/1, Activité UNEF 1939-1945: Circulaire 38-06 de la vice-présidence chargée des relations avec les étudiants d’outre-mer du 20 octobre 1938.
4 BDIC, 4° delta 1159/1, Activité UNEF 1939-1945. Cité par Jean David dans sa circulaire 39-13 du 20 mai 1939.
5 BDIC, 4°  delta 1159/1, Activité UNEF 1939-1945.
6 BDIC, 4° delta 1159/1, Activité UNEF 1939-1945: Compte-rendu du Conseil d’administration des Oeuvres du 13 novembre 1939, rapport d’Alfred Rosier.
7 BDIC, 4° delta 1157/1, Conseils d’administration de l’UNEF 1938-1954.
8 BDIC, 4° delta 1159/1, Activité UNEF 1939-1945. Il s’agit en fait d’une trentaine d’extraits de lettres que Jean David a fait dactylographier en vue de leur publication dans Le Courrier de l’Étudiant aux armées.
9 BDIC, 4° delta 1159/1, Activité UNEF 1939-1945: Circulaire de Jean David aux AG datée du 5 août 1940.
10 BDIC, 4° delta 1159/1, Activité UNEF 1939-1945: Compte-rendu du Conseil d’administration de la Zone nord du 11 janvier 1942, rapport introductif de René-Yves Le Mazou.
11 Dans une note d’entretiens réalisés les 28 septembre et 15 octobre 1990 avec François de Lescure que nous a communiqué Alain Monchablon, nous avons appris depuis notre intervention qu’il a été désigné par Jean David.
12 Le mouvement « Maintenir » dont on ne peut s’empêcher de rapprocher le nom de la formule employée par Alfred Rosier et Jean David dans leurs deux circulaires de septembre 1939, a été fondé en septembre 1940 à l’initiative d’Alfred Rosier. Le noyau initial comprenait outre Alfred Rosier et François de Lescure: Claude Bellanger, ancien du bureau de l’UNEF, ancien secrétaire confédéral de la Ligue de l’Enseignement, directeur du Centre d’Entr’aide aux Étudiants Prisonniers, ex-CEEM ; Félix Rocher, avoué à la cour d’appel de Paris et Jean Kréher, avocat à la cour d’appel de Paris et conseiller juridique des Oeuvres. Ils furent ensuite rejoints par Georges Jamati, sous-directeur de la Caisse Nationale de la Recherche Scientifique, trésorier du Bureau Universitaire de Statistique (BUS) et membre du Conseil d’administration des Oeuvres. Leurs premières réunions eurent lieu rue de Grenelle dans les bureaux du BUS et place Saint-Michel dans ceux du CEEP. Un premier recensement, laisse apparaître qu’une importante partie du personnel des Oeuvres aurait participé à l’activité clandestine du groupe « Maintenir » puis à celle de l’Organisation Civile et Militaire (OCM) dont l’un des dirigeants, André Sainte-Laiguè, président de la Confédération des Travailleurs Intellectuels (CTI) était également délégué général du BUS et membre du Conseil d’administration des Oeuvres. Pour mémoire, on leur doit les manifestations lycéennes et étudiantes des 8 et 11 novembre 1940, une collaboration active avec les Éditions de minuit auxquelles participait le père de François de Lescure (Pierre Lescure) et le deuxième Cahier de l’OCM consacré à la « Réforme de la vie culturelle » qui inspirera le plan Langevin-Wallon à la Libération.
13 BDIC, 4° delta 1159/1, Activité UNEF 1939-1945.
14 BDIC, 4° delta 1159/1, Activité UNEF 1939-1945 : Lettre adressée à Jean David (reçue par de Lescure) en date du 27 janvier 1941.
15 Claude Bellanger, secrétaire général de l’UNEF en 1934-1935, a notamment fondé de l’Office de Presse de l’UNEF et celui de la CIE en 1935.
16 BDIC, GPF 3621 : Le Cri des Étudiants, organe de l’AGE de Montpellier, bi-mensuel, 1941 [I], Montpellier, n°8, 25 avril 1941.
17 BDIC, 4° delta 1159/1, Activité UNEF 1939-1945 : Compte-rendu du Conseil d’administration du 11 janvier 1942.
18 Les principaux passages cette lettre envoyée par René-Yves Le Mazou sont cités dans le compte-rendu du Conseil d’administration tenu en zone nord le 11 janvier 1942. Cf. supra.
19 Les  réunions n’étant pas autorisées par les autorités d’occupation, les convocations sont rédigées sous la forme d’invitations à des déjeuners.
20 Il n’est pas présent au Congrès de La Chapelle-en-Vercors et l’hommage que lui rend Albert Lenclud lors de la séance inaugurale résonne comme une épitaphe : « Soyez certains que Le Mazou vous a beaucoup aimé » (compte-rendu, p. 8, cf. infra).
21 Bibliothèque universitaire de Poitiers, Fonds anciens, archives de l’AGEP, AGE 5 : Albert Lenclud, compte-rendu du Congrès de La Chapelle-en-Vercors (1943), p.8-10.
22 B.U. de Poitiers, Fonds anciens, archives de l’AGEP, AGE 5: Louis Laisney, compte-rendu du Congrès de La Chapelle-en-Vercors (1943), p.50.
23 BDIC, 4° delta 1151, Congrès de l’UNEF 1926-1946 : E. Villedieu, compte-rendu du Congrès de Dax (1945), p.43.
24 BDIC, 4° delta 1151, Congrès de l’UNEF 1926-1946 : Compte-rendu du Congrès de Dax (1945), p.147.
25 BDIC, 4° delta 1151, Congrès de l’UNEF 1926-1946 : E. Villedieu, compte-rendu du Congrès de Dax (1945), p.34.
26 ORY, Pascal, « Les universités belges et françaises face à l'occupation allemande », dans L’Occupation en France et en Belgique 1940-1944, Actes du colloque tenu à Lille du 26 au 28 avril 1985, Lille, Revue du Nord, n°2 H.S., coll. « Histoire », 1987, p.55.
27 BDIC, 4° delta 1151, Congrès de l’UNEF 1926-1946 : Compte-rendu du Congrès de Dax (1945), p.49.

Pour citer cet article :

Stéphane Merceron, « L’UNEF des années noires », Les cahiers du GERME, n°25, juin 2005, [en ligne].
Disponible sur : http://www.cahiersdugerme.info/index.php?id=149, [consulté le 10-09-2010].

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