La revue du Groupe d'études et de recherche sur les mouvements etudiants

L'UNEF, les étudiants pendant la guerre de 1939-1945 et sous l'occupation : attentismes, collaborations et résistances - Contributions

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Robi Morder

L’UNEF des années noires : dix ans après, état des lieux, état des débats

Texte intégral

« L'UNEF a pu paraître un peu fade. On ne peut pas la classer comme un mouvement auxiliaire de la Révolution nationale, encore moins comme un mouvement collaborationniste, malgré le maréchalisme affiché de certains journaux d'AGE ou l'appartenance au Conseil national de Vichy d'un de ses présidents. Et on ne peut pas non plus la caractériser comme une association engagée dans la Résistance malgré l'engagement d'un certain nombre de ses responsables »1.

Depuis cette communication de Stéphane Merceron lors de nos premières rencontres en mai 1995, que nous publions à nouveau dans ce dossier, le GERME a continué à travailler sur le sujet. Il est aujourd’hui nécessaire de faire le point sur les travaux, discussions, controverses. Cette contribution ainsi que la présentation des sources et documents y engagent. Mais il est important de souligner l’ampleur du chantier : il faut certes continuer à travailler sur ce qui se passe dans les sphères dirigeantes, mais également s’attacher à comprendre, connaître, la vie des AGE, des corpos, de leurs militants et du milieu dans cette période. Néanmoins, c’est dans le cadre plus large des étudiants et des jeunes qu’il faut considérer les AGE et l’UNEF. La contribution de Didier Fischer, comme celle de Philippe Mezzasalma apportent de nouveaux éclairages. Peut-on parler de Résistance étudiante, ou d’étudiants en résistance ? Y a-t-il une spécificité étudiante chez les jeunes résistants ? Enfin, comment les formes et les thèmes permettent-ils de penser le passage de la résistance en milieu étudiant à l’invention d’un syndicalisme étudiant ? C’est ce que développe lors du colloque « 50 ans de syndicalisme étudiant » tenu les 15 et 16 avril 19962 Jacques Varin, qui a eu l’occasion de s’entretenir avec nombre de protagonistes et d’acteurs de l’époque.

Trois séminaires ont été organisés. Le 1er avril 1998 avec Claude Singer à l’occasion de la parution de son Université libérée, université épurée, 1943-1947, en présence d’anciens de l’UNEF, particulièrement Pierre Rostini. Le 7 avril 1999, c’est autour de l’Académie de Paris, avec Stéphanie Méchine des archives du Rectorat de Paris et Gilles Maigron, auteur de Résistance et collaboration dans l’Université de Paris 1940-1944, mémoire de Maîtrise soutenu à Paris VII. Enfin, le 17 novembre 2001 sur les « Résistances lycéennes » autour des manifestations du 11 novembre 1940. A chaque fois, nous avons veillé à ce que soient présents témoins et acteurs de l’époque pour permettre un échange.

Nous avons également publié en documents le compte-rendu publié à l’époque par l’AGE de Poitiers dans Scapin du congrès extraordinaire de l’UNEF de novembre 19443, ainsi que le fac-similé d’une lettre de Louis Laisney accompagnant un projet d’affiche en date du 4 juin 1943, présenté par Alain Monchablon4.

Fruit du travail d’une équipe composée de chercheurs, archivistes, enseignants, sous la responsabilité du GERME, une exposition virtuelle « L’Université de Paris entre Résistance et collaboration, 1939-1945 » a été inaugurée sur notre site Internet le 27 août 2004, à l’occasion du soixantième anniversaire de la Libération de Paris.

Grâce à un nouveau partenariat entre le GERME et la BDIC (Bibliothèque de Documentation Internationale Contemporaine) de Nanterre, avec le concours de l’équipe d’Atelier @lternet, la suite de la correspondance de l’UNEF pendant la Seconde guerre mondiale (1941-1945) a été numérisée, indexée, puis mise en ligne sur le site Internet de la BDIC (http://www.bdic.fr/unef). Alexandra Gottely, l’actrice principale de ce travail, nous présente ce nouveau corpus en ligne qui constitue un total de 2116 pages et de 1167 documents, chacun faisant l’objet d’une notice5.

Gilles Maigron, dans son mémoire6, comme dans son article7 classe l'UNEF parmi les organisations sinon collaborationnistes, du moins maréchalistes :

« Les étudiants collaborationnistes de Paris ont agi dans le cadre de l'Union générale des étudiants de Paris [...] les étudiants collaborateurs et ceux qui étaient favorables à la Révolution Nationale (les vichystes) ont, eux, adhéré à l'UNEF (ou dans la FEP), à la FFEC, à la FFACE. L'UNEF, la FEP et l'UGEP existaient avant la guerre ; la première, très importante, resta jusqu'au bout fidèle au régime de Vichy et fit preuve d'un corporatisme forcené et aveugle ».

Les histoires « officielles » émanant des UNEF ont d’ailleurs repris cette vision pour mieux démontrer le tournant, la rupture du Congrès de Grenoble en 1946. L’UNEF a même pu utiliser dans certains documents de formation ou de présentation la « collaboration » alléguée de l’UNEF de 1940/1942 comme étant dans la logique du corporatisme, alors qu’il n’y a pas en soi de relation de cause à effet.

D’un autre côté, représentatif d’anciens, Pierre Rostini – lui-même Résistant, arrivé à l’UNEF en 1943, président de la commission d’épuration de l’organisation étudiante à la Libération – semble dénier toute réalité au « congrès » d’avril 1941 au motif qu’il n’en avait jamais entendu parler, ni trouvé trace dans les dossiers, et encore moins été avisé de reproches de la part des autres organisations, notamment des organisations étudiantes juives à la Libération. Mais nous savons que dans l’après guerre, les spécificités des persécutions antisémites ont été plutôt passées sous silence, y compris par les organisations juives. Tout le monde célébrait la Résistance française en bloc, l’unité nationale retrouvée contre l’occupant, quitte à omettre la participation des étrangers, des détachements de la MOI, ou celle des « coloniaux » d’Afrique Noire ou du Nord, soldats dans l’Armée française libre. Il y a en tous cas, y compris pour ceux qui n’ont rien à se reprocher, bien au contraire, un « passé qui ne passe pas ».

Les témoignages sont importants, mais ils donnent un point de vue partiel. Ainsi, de Louis Laisney qui déclare en 1997 aux 90 ans de l’UNEF que de Lescure n’était pas un des organisateurs du 11 novembre 1940, il ne le lui avait pas dit. « Dans la conversation patrio­tique que nous avions, nous nous sommes dit que ce serait bien de faire un saut à l'Arc de Triomphe. Nous y sommes allés en ordre dispersé, sans idée de faire une manifestation ». Le témoignage est sincère, mais nous savons que la réalité est un peu différente8. L’explication peut être assez simple : de Lescure qui rencontre Laisney pour la première fois, ne se découvre pas. Chacun « teste » les sentiments patriotiques de l’autre, sans aller plus loin. De Lescure a peut-être ignoré de son côté aussi l’ampleur de l’investissement de Laisney dans la résistance. De Lescure, explique lui-même qu'il « n'était pas possible que l'UNEF apparût en tant que telle [...] car il était important de conserver le plus longtemps possible pignon sur rue et une activité légale »9.

Comme le soulignait dans le séminaire du 1er avril 1998 Claude Singer, nous sommes bien là dans la confrontation entre histoire et mémoire, d’autant plus que dans le monde étudiant la rotation des générations est rapide ainsi que le rappelait au cours de ce même séminaire Didier Fischer.

Mais les documents eux-mêmes sont insuffisants. D’abord, tout n’est pas écrit, surtout dans une période où il faut de la prudence, parler et non écrire, sous entendre, voire « intoxiquer » l’administration, ou « tester » un nouveau venu. Les documents peuvent être perdus, détruits, des correspondances de dirigeants, comme Le Mazou ou Jean David, repliés dans des villes de province jamais archivées au siège… Il faut en conséquence rassembler avec patience témoignages, documents, presse, et confronter les uns avec les autres en maîtrisant à la fois l’histoire des mouvements étudiants et celle plus globale de la période.

C’est la réunion, dite « congrès » de Tain en avril 1941 qui a suscité le plus de réactions et controverses.

Il faut partir d’abord des matériaux récoltés. Il s’agit en effet, avant d’en discuter l’interprétation, d’établir des faits. Stéphane Merceron avait travaillé à partir des archives de l’UNEF déposées à la BDIC, ainsi que sur des journaux d’AG et des archives disponibles à la bibliothèque de Poitiers. Claude Singer et Gilles Maigron, qui n’avaient pas au moment de leurs travaux, accès aux fonds de la BDIC, ont puisé notamment aux Archives Nationales et dans la presse étudiante disponible à la BN.

Depuis, de nouveaux fonds sont venus enrichir les collections de la BDIC, avec l’apport des documents conservés par Roger Barralis, tous ces fonds numérisés qu’Alexandra Gottely décrit dans le présent numéro des Cahiers, étant désormais disponibles sur le site du Conservatoire des Mémoires Étudiantes. Nous avons pu consulter ou reconsulter toutes ces sources, récolter des témoignages, ce qui a permis vérifications et précisions.

Mais évidemment les documents d’archives restent à interpréter, en les situant dans leur contexte, ce qui requiert une connaissance tant de la période que de l’organisation étudiée, à savoir l’UNEF. A défaut, des erreurs interviennent. Claude Singer, spécialiste de la période mais non des organisations étudiantes, distingue l’UNEF de l’union nationale des étudiants dont il croise le nom dans les documents administratifs. Or, nous savons, quant à nous, qu’il s’agit de la même organisation appelée tantôt UN, union nationale, union nationale des étudiants, ou UNEF.

Quant à Gilles Maigron, son sujet est limité à l'Université de Paris, qui présente des caractères spécifiques. Mais il confond les structures étudiantes parisiennes avec l'Union nationale. L’UGEP est bien une organisation collaborationniste, distincte de l’UNEF, dont la dissolution est prononcée en 194210, quant aux relations des structures parisiennes avec l’UNEF, elles demeurent durant des décennies difficiles. L’AGE de Paris a été exclue de l’UNEF en 1929, et fait faillite en 1934, il y a des corpos qui sont membres de l’UNEF, d’autres non, et diverses tentatives de les réunir au sein d’une même structure se succèdent.

En 1940, la structure parisienne est la FEP (Fédération des étudiants de Paris) et François de Lescure qui en était le Président, en même temps qu’il est le représentant de l’UNEF en zone occupée est amené à protester auprès des journaux contre la confusion créée par une « Association générale d’entraide aux étudiants de Paris » qui serait dirigée par des non étudiants, n’ayant rien avoir avec l’UNEF ; le 28 octobre 1940 il écrit au Ministère de l’intérieur pour en réclamer la dissolution11.

Ce qui est sous-estimé en réalité par ces deux auteurs, c’est la coupure qui existe dans l’UNEF entre les AGE de la zone sud et celles de la zone occupée, dont Stéphane Merceron a par contre bien saisi et souligné l’importance.

La France coupée en trois (zone interdite, zone occupée, zone non occupée), le secrétariat de l'UNEF est transféré à Clermont-Ferrand « à proximité des ministères »12. L'UNEF est coupée en deux jusqu'à l'invasion de la zone sud par les Allemands où « l'unité des mouvements étudiants se refait entre les deux zones »13.

En zone nord, les autorités d'occupation interdisent toute association de jeunesse, mais il sera possible par la suite de les autoriser et de les reconstituer. Ainsi, l'AGE de Besançon interdite, reconstituée en janvier 1942, se dote d'un Président, Pierre Armand, résistant. Elle est à nouveau dissoute en mai après avoir organisé le sabotage d'une réunion d'étudiants pétainistes14. Le « Centre d'entraide aux étudiants mobilisés », créée au sein du Centre supérieur des œuvres fin 1939 et dirigé par un « petit comité »15, devient en septembre 1940 après la défaite militaire et l'armistice le « Centre d'entraide aux étudiants prisonniers » (il y a 14 000 étudiants en captivité) dont le siège est celui de l'UNEF et des oeuvres, 5 Place Saint-Michel. Jean David parti au Sud, c’est de Lescure qui y siège au nom de l’UNEF. Le Centre d’entraide développe l'aide aux étudiants en captivité, en envoyant colis, livres (685 000 en tout jusqu'en juillet 1944), recherches bibliographiques, cours16. En 1943 il aurait étendu ses activités « aux déportés du travail et déportés politiques » indique le Guide de l'étudiant de 1945 édité par l'université de Paris. Des parents d'étudiants prisonniers s'adressent à l'UNEF pour faire parvenir de l'aide et des nouvelles à leur progéniture17. C'est avec le papier et les ronéos du 5 Place Saint-Michel que sont tirés les tracts d'appel à la manifestation du 11 novembre 1940 et des tracts du mouvement « Maintenir »18.

En zone non occupée, les AGE de Lyon, Toulouse, Alger, Montpellier et même Grenoble à un moment, sont dirigées par des maréchalistes de diverses obédiences, ce qui n'empêche pas des résistants d'en être membres : Gilbert Dru à Lyon est membre de la corpo de lettres, l'AGE de Grenoble couvrira, après le départ des forces italiennes, de manière assez importante les activités résistantes.

Si certaines AGE prônent ouvertement la «Révolution nationale» en zone sud, par contre en zone occupée, la réalité de l'occupation allemande paraît radicaliser les positions de manière plus âpre.

Même après l’invasion de la zone sud par l’armée allemande, il demeure une ligne de démarcation et le passage d’une zone à une autre requiert des autorisations comme le montre bien la correspondance de l’UNEF. En tout état de cause, jusqu’à la fin 1942, il semble bien qu’il y ait deux UNEF, avec des congrès regroupant les délégués d’AG en zone dite « libre » (Congrès de Tain 1941, Congrès de la Bourboule en 194219), alors que dans la zone occupée, il n’y a pas avant fin 1941/début 1942 de réunions des Présidents d’AG, ou de Conseils d’administration.

Dans sa communication, Stéphane Merceron avait commencé par ignorer comment de Lescure avait été désigné ; Alain Monchablon lui a signalé que dans un entretien accordé par de Lescure, ce dernier indiquait avoir été nommé par le Président Lenclud. Il semble que ce soit en réalité Jean David. C’est ce qu’écrit de Lescure à la Confédération des travailleurs intellectuels le 21 septembre 1940. De même, dans une lettre du 24 janvier 1941, le secrétariat de l’UN indique à Guy Léger que c’est Jean David qui en est à l’origine. Néanmoins, Jean David, dans une lettre à Marchand, de Poitiers, indique que c’est le Conseil du 30 août 1940 qui a nommé de Lescure à ce poste, et qu’il « s’est borné à lui faire connaître cette désignation », mais peut-être s’agit-il pour Jean David de se réfugier derrière une décision collective pour refuser de nommer le même Marchand – qui paraît faire l’éloge de l’association dont Lescure demande l’interdiction - à la même place ? (« Je n’ai donc pas qualité, en l’absence d’un Conseil, pour te conférer des pouvoirs » précise t-il). En 1975, dans la lettre-témoignage adressée au congrès de l’UNEF, et que nous reproduisons, de Lescure semble dire qu’il n’y a pas eu nomination, mais que, saisissant l’occasion du vide créé par le repli au sud de la direction de l’Union, il a pris la direction à Paris. Il reprend là ce qu’il avait en fait déjà expliqué dans une lettre en date du 15 juillet 1941. De Lescure y indique qu’en août 1940 il avait pris « la responsabilité personnelle de représenter l’UNEF » à Paris et dans la zone, « le congrès de l’UN et notre camarade Le Mazou » ayant simplement confirmé leur confiance ultérieurement.

Il développe une correspondance importante avec les AG, se déplace parfois, comme à Caen le 14 décembre 1940, où un conflit oppose plusieurs camps. De Lescure, saisi par le Président d’AG de la situation, demande au Recteur de Caen de nommer un comité provisoire20. Y rencontre-t-il à l’occasion de nouveau Laisney ? En tous cas, dans sa lettre du 3 novembre, Laisney lui écrit pour l’informer qu’il sera sans doute le nouveau Président à Caen. Laisney s’interroge aussi : « Est-il possible d’envisager une réunion des dirigeants d’AG pour répondre à la manifestation fantoche de la corpo du droit ? Qu’en pense Le Mazou ? »21.

De Lescure ne souhaite pas de réunions d’AG de la zone occupée, c’est ce qu’il écrit au Recteur Maurin le 18 juillet 1941, ainsi qu’à Le Mazou le 22 juillet 1941, estimant inutiles de telles réunions, aux « discussions oiseuses » alors qu’il faut se concentrer sur les services, l’activité du centre d’entraide, le BUS. C’est en tous cas ce qu’il affirme, même si l’on peut penser qu’il a d’autres motivations : permettre d’éviter les questions, préserver les positions des membres du réseau « Maintenir » qui sont dans les œuvres, à l’UN. Aux AG, il n’évoque pas l’absence d’intérêt de réunions d’ensemble, mais se contente d’indiquer qu’il convoquera une réunion dès que cela sera possible. C’est sans doute ce vide qui permet la tentative de réunion à l’initiative de la corpo de droit de juillet 1941.

Quant aux liens avec la zone sud, ils semblent d’abord faibles, voire quasi-inexistants. A propos de la réunion tenue par Le Mazou et Jean David avec des représentants d’AG de la zone non occupée à l’été 1940, de Lescure écrit à Senecal, de Bordeaux, a deux reprises, qu’il n’a « toujours pas reçu de David un compte-rendu détaillé du Conseil de l’UN qui s’est tenu le 30 août à Lyon »22. « Je serais très heureux de savoir ce qu’ils fabriquent en zone libre » répond Senecal23. De Lescure fait également état dans une lettre du 15 juillet 1941 d’un congrès récent de l’UN, sans autres commentaires. Sans doute n’en a-t-il pas plus d’informations. Les correspondances nous apprennent toutefois qu’il rencontre Le Mazou à Paris le 17 juillet 1941, ainsi que le 4 octobre 1941. Pour l’année 1941/1942, c’est Boille, des Beaux Arts, qui est désigné par Le Mazou pour représenter l’UN en zone occupée24.

Jean David, non mobilisé, assure la Présidence par intérim, Lenclud étant en captivité, et établit son siège en suivant les pouvoirs publics en Indre et Loire, puis à Bordeaux, à Vichy25, et enfin à Lyon26.

Il annonce qu’il va s’occuper à nouveau de la presse et passer la Présidence à Le Mazou dont « l’état de santé est bien meilleur »27. Le Mazou indique dans une lettre du 10 mars 194128 que Jean David va prendre la direction d’un centre d’entraide à Lyon, puis d’un centre d’orientation.

L’activité de Jean David encore présent dans les affaires étudiantes par la suite, semble devenir problématique. Le 16 juin 1943, Gache, de Lyon, écrit à Louis Laisney : « À Lyon, plus personne ne veut travailler avec Jean David »29. Le 8 mars 1944 des membres du bureau, des responsables d’AG et directeurs d’office s’adressent au Président de l’UNEF afin que Jean David, qui « n’a plus rien d’un universitaire », et qui a bien d’autres occupations ne vienne pas au Congrès de Pâques, sa présence étant « sinon injustifiée, du moins inopportune »30. Dans une note manuscrite relative à une réunion du bureau national en mars 1944 préparatoire au congrès on considère qu’il y a des « cas » : Delage, Montpellier et David (page 2), et page 3, il est noté : « David : élimination progressive »31. Quand nous (Stéphane Merceron et moi-même) avons interrogé les « anciens », Rostini nous a indiqué savoir que Rosier a écarté Jean David, sans en connaître les raisons. Peut-être le conflit autour du centre lyonnais que nous examinons plus bas en constitue un élément ?

Plus que Jean David, Le Mazou, chargé de mission à l’information de mars à août 1941, membre du comité de propagande sociale du Maréchal Pétain, résidant en zone sud32, semble pouvoir circuler d’une zone à l’autre33.

Elu secrétaire général à Pâques 1939, mobilisé en septembre, Le Mazou est en effet libéré dès l’armistice, en juin 1940. Mais il ne semble pas quitter la zone sud pendant quelques mois. Malade, il se rend au sanatorium de St Hilaire-du-Touvet, puis le Recteur de Grenoble lui permet d’obtenir un poste au lycée de Tournon34 et il réside un temps dans la ville voisine (de l’autre côté du Rhône) de Tain l’Hermitage chez le Docteur Paul Durand. Est-ce ce Paul Durand qui en est le maire, ancien de l’UNEF, (trésorier, puis vice-président de la zone sud) dont parle Louis Laisney35, et dont une rue porte le nom ? Ces éléments expliquent peut-être le choix de Tain ou de Tournon, comme lieu de différentes réunions, non seulement du congrès de 1941 qui se tient à l’Hôtel de Ville, mais d’autres conseils d’administration de zone sud qui s’y déroulent. Nous n’avons ces éléments que dans les documents postérieurs à 1942, courriers, rapports, comptes-rendus se référant à ces réunions alors qu’en zone occupée, les archives de 1940 et 1941 font le silence sur ce qui se passe au sud.

Pourtant, Le Mazou y déploie une grande activité : réunion avec des AG dès le 30 août 1940, liens avec les pouvoirs publics, mise en place de structures. Son orientation est bien illustrée par la lettre du 25 février 1941. Claude Singer y fait référence dans Vichy, l’Université et les juifs, il convient d’en citer de larges extraits36.

« Vichy le 25/2/41
À Monsieur le secrétaire général à l’information,
[Lorsque] Le Maréchal Pétain a pris le pouvoir et fait don de sa personne à la France pour atténuer son malheur, l’Union Nationale des étudiants de France, entraînant derrière elle les associations de jeunesse, a adressé au chef de l’Etat français un message où elle témoignait de son désir de collaborer au redressement du pays, et mettait à la disposition du gouvernement du Maréchal Pétain l’immense prestige dont elle disposait auprès de la grande masse des étudiants ». Suit une description de l’activité d’aide aux étudiants prisonniers, sur l’alimentation, le logement, avant de poursuivre : « L’idée nationale a toujours animé l’Union nationale des étudiants de France. L’action corporative qu’elle a menée ces dernières années se trouve justifiée par les mesures successives prises par Monsieur le Maréchal Pétain : lutte contre les éléments étrangers douteux, organisation des professions […]. Depuis le 15 août l’Union nationale a à plusieurs fois offert sa collaboration aux pouvoirs publics. Elle a attendu des ordres, rien n’est venu. Aussi nous permettons nous, Monsieur le Secrétaire Général, de joindre à cette lettre deux rapports, l’un rappelle ce que nous avons fait, l’autre indique ce que nous voulons réaliser. »

Les correspondances que l’on trouve à la BDIC ou aux Archives nationales semblent indiquer effectivement – et ce n’est guère étonnant dans le contexte – une certaine confusion dans la répartition des responsabilités, des conflits et rivalités.

Dans une lettre du 21 février 1941, Le Mazou écrit de Tournon, sur papier à en-tête de « l’Union des AGE de France », au Secrétaire du CSO pour l’informer que « sur les conseils et le patronage » de Ripert, alors ministre de l’Instruction publique, un centre d’entraide est crée à Lyon, basé à l’AG de Lyon, 20 rue Francois Garoin37.

Le 25 février 1941, Le Mazou adresse une note aux pouvoirs publics sur la création par l’UNEF d’un « Bureau central universitaire de documentation, d’orientation, de placement »38.

Ces deux projets sont en réalité concurrents de ce qui a été mis en place par l’équipe du 5 boulevard Saint Michel. Le 10 mars 1941, Le Mazou écrit, de Vichy, au secrétaire permanent de l’enseignement supérieur pour dénigrer le centre d’entraide parisien qui ne servirait « qu’à payer des fonctionnaires », et indiquer qu’il ne saurait être question d’installer à Lyon un service correspondant au Centre d’entraide de Paris puisqu’il en existe déjà un et que les rapports avec les pouvoirs publics (Vichy) sont « excellents et n’ont jamais donné lieu à aucune remarque ». De Lescure, qui a eu officiellement communication de cette lettre par Rosier répond le 31 mars. Il s’étonne de la vocation du centre de Lyon « dirigé par Jean David » et demande à Rosier d’écrire à Le Mazou pour lui indiquer « que le centre a toujours fonctionné depuis août 1940 avec la collaboration entière de l’UNE en zone occupée, [que] je représente personnellement l’UNEF au comité du centre ». Dans le même sens, de Lescure s’interroge, le centre de documentation ne ferait-il pas double emploi avec le BUS ?

Les attaques contre le centre d’entraide parisien et son équipe ne semblent pas cesser. En effet, le 25 septembre 194139 Rosier écrit au Recteur pour se plaindre « d’insinuations les plus calomnieuses ». Le centre n’aurait pas de rapport d’activité et aurait fait des galas déficitaires, ce qui est contesté par Rosier, procès-verbaux et chiffres à l’appui. Ces allégations auraient été proférées lors d’une réunion convoquée par l’ACED (corpo de droit) les 19 et 20 juillet à Paris.

La lecture croisée des documents éclaire également le différend entre de Lescure et la corpo de droit soupçonnée de vouloir diriger la FEP et, partant, de prendre la tête de l’UN, et le bureau national. Le 3 novembre 1941, Laisney qui vient de recevoir les courriers de Paris, très en retard, écrit à de Lescure40 pour l’informer que dans le courant de l’été, Caen a reçu la visite d’un délégué de la corpo de droit qui a placardé des affiches proclamant la « déchéance des fonctionnaires Le Mazou et De Lescure »41.

L’ACED (association corporative des étudiants en droit) a une histoire, comme ses dirigeants. Créée en 1934 au moment de la dissolution de l’AGE de Paris, elle est dirigée alors par Lespagnon. Celui-ci a quitté la faculté en 1935, mais demeure président d’honneur de l’ACED. En 1941, à 27 ou 28 ans, bien qu’ayant une situation dans une chambre patronale, il a été nommé membre du bureau. Il aurait à plusieurs reprises essayé de prendre en main la direction de l’UNEF « par des moyens illégaux » et son but serait de « devenir un jour le  führer des étudiants »42.

L’ACED a lancé des invitations aux AG de la zone occupée pour un « cycle d’études corporatives » devant se tenir les 19 et 20 juillet à Paris. De Lescure, informé de cette convocation, adresse le 15 juillet aux présidents d’AG, ainsi qu’à la corpo de droit, une circulaire de mise au point : la corpo de droit n’a aucun titre à écrire au nom de la FEP ni à convoquer un « congrès des AG de la zone occupée » les 19 et 20 juillet43, et ce d’autant moins que les autorités allemandes interdisent les réunions. Le 18 juillet 1941, il adresse un courrier au Recteur Maurin pour décliner toute responsabilité sur les suites que pourraient avoir les réunions projetées par l’ACED44. De Lescure y indique également que la corpo de droit lui a répondu en tant que « Président de la corpo de lettres » (et non représentant de l’UN dans la zone nord), que cette réunion de juillet avait été convoquée « en plein accord avec Le Mazou ».

Le « cycle d’études corporative » n’a pas eu de succès, n’y étaient présents que les corpos de droit, médecine et arts déco pour Paris, ainsi que Tours, Angers et Rennes45. Encore faut-il souligner qu’Angers était en réalité représenté par Rennes, Rennes étant l’AGE d’origine de Le Mazou.

Dans une lettre adressée à Le Mazou en date du 22 juillet 194146, de Lescure évoque leur rencontre du 17 juillet, les critiques qu’il porte à la corpo de droit (« dirigée par des gens sans aucune compétence », qui firent « toutes maladresses » que l’UN a dû rattraper en faisant preuve de diplomatie…). Pour lever des ambiguïtés – puisque l’ACED a pris « pour argument » une conversation entre Lespagnon et Le Mazou -  et confirmer sans doute son autorité au nord de la ligne de démarcation, de Lescure propose à Le Mazou de co-signer une lettre à toutes les AG de la zone occupée. Il ne semble pas que cette proposition ait été suivie d’effet immédiat. En revanche, le 10 novembre, Le Mazou dans une circulaire aux AG indique que le bureau de la FEP a confirmé l’exclusion de l’ACED, mais la corpo peut assister aux réunions de la FEP en auditeur libre. Boille, nouveau délégué en zone occupée, a le droit d’assister aux réunions du bureau et du conseil d’administration de l’ACED.47 De son côté, le 11 novembre 194148, de Lescure transmet aux AG de la zone occupée la lettre du 7 novembre adressée aux Présidents de la FEP et de l’ACED par laquelle Le Mazou a exclu la corpo de droit « fort des pouvoirs que lui ont conféré » les AG des deux zones « réunies en congrès » (référence au congrès de Tain).

Ce conflit est réglé49, déclare Le Mazou lors du CA de janvier 1942 : il se serait agi uniquement de difficultés d’informations et de communication entre la corpo de Droit et de Lescure « qui avait des ennuis à ce moment là ». Et pourtant, on était sans doute loin d’un simple « déficit de communication » pour reprendre des termes contemporains.

Il ressort de notre travail qu’il y a bien eu en avril 1941 une réunion des AG de l’UNEF de la zone dite « libre », qualifiée de congrès par ses organisateurs, les journaux, et le gouvernement de Vichy, tenue à Tain l’Ermitage le 15, à Tournon le 16 et à Grenoble ou au Sanatorium de Saint Hilaire le 18 avril 1941. Le congrès, qui a entendu le rapport de Gillot, de l’AGE d’Alger, a adopté un vœu relatif au numerus clausus pour les étudiants juifs et a adressé un message de soutien au Maréchal Pétain. Le rapport, qui reproduit le vœu, se trouve aux Archives Nationales sous la cote aj/38/1144 (microfilmée) et au Centre de documentation juive contemporaine (CDJC-Fondation de la Shoah) sous la cote CGQJ, CXCLV 76, texte identique mais dactylographie différente. Au CDJC se trouve la lettre par laquelle le Général François, Président général de la Légion française des combattants de l’Afrique du Nord, adresse le document à Xavier Vallat, Commissaire général aux questions juives. Aux A.N. les dossiers concernent les « affaires juives » relatives à l’enseignement. L’existence comme le contenu du document sont indiscutables.

Le témoignage de Schapira, alors étudiant à Alger, qui a été enregistré par Claude Singer et visionné lors de notre séminaire du 1er avril 1998, raconte la préparation du congrès à l’AGEA.

Une dépêche de l’agence AFIP annonce l’ouverture du congrès :

« Grenoble, 15 avril 1941 : Le congrès national des étudiants de France s’est ouvert ce matin à l’hôtel de ville de St-l’Ermitage (drome). Les travaux se poursuivront demain à Tournon (Ardèche). A l’issue de la première réunion, les congressistes ont envoyé au chef de l’état le message suivant : « le congres de l’union nationale des étudiants de France réuni à st l’ermitage pour la première fois depuis l’armistice remercie respectueusement le maréchal pour son œuvre de reconstruction de la patrie. Il l’assure au nom des Etudiants français, de son indéfectible attachement et de son respectueux dévouement » (AFIP 3365)50.

Au Conseil d’administration de la zone occupée qui se tient le 11 janvier 194251 assistent R. Donn de la corpo de droit de Paris, Louis Laisney Président de Caen, les délégués et Présidents de Dijon, Rennes, Poitiers, Rouen, Angers, Rennes, Lille. Le Mazou résume les débats et résolutions du congrès de Tain, évoquant notamment le vif « débat orageux » qui aurait eu lieu sur le numerus clausus ainsi que le développe bien Stéphane Merceron. Mais le rapport oral de Le Mazou n’a-t-il pas été plus flou, passant rapidement sur la question pour éviter des débats, quitte à développer ultérieurement par écrit ? On peut se poser la question puisque nous disposons d’un premier brouillon dactylographié, corrigé  à la main (sans doute par Le Mazou). Dans cette version initiale, il est écrit : « A Pâques, s’est réuni  un Congrès à Tain, nous avons émis des vœux et en particulier le “ numerus clausus ” contre les juifs à l’Université. Notre vœu a été adopté, mais le ministère de la jeunesse, qui reconnaît les israélites, nous a accusé de faire de la politique ».52 Cette dernière phrase disparaît du compte-rendu diffusé, par contre, le rapport Gillot et ses conclusions sont plus développés, ainsi qu’il est fait état du vif débat. On constatera à la lecture du rapport Gillot et du vœu adopté transmis au Ministère53 que le congrès veut un numerus clausus à 2,5% et non à 3% qui seront finalement fixés par Vichy… et retranscrits par Le Mazou.

Ce congrès, dont Stéphane Merceron a déjà indiqué qu’il a été repris dans des journaux d’AGE (Promontoires à Grenoble, Le cri des étudiants à Montpellier), est également consigné dans l’Algérie Médicale, N° 146, avril-juin 1941. C’est Gillot qui fait le compte-rendu du congrès de Tournon, soulignant que les étudiants français sont derrière Pétain « sauveur de notre patrie », et indique que le congrès a été sur le numerus clausus « unanime sur cette question douloureuse certes, mais d’importance primordiale ». Gillot, contrairement à la correction manuscrite de Le Mazou, ne fait pas état d’une vive discussion. En tant que rédacteur du texte, il a tout intérêt à en accroître la valeur par une adoption unanime, qui n’est peut-être pas certaine. Nous n’en savons pas plus sur la nature du « débat orageux » éventuel. S’agit-il d’oppositions au principe du numerus clausus ? Ou de simples divergences sur des modalités d’application ?

Quelles que soient les limites de la représentativité du congrès de Tain, qui réunit d'après les noms des dirigeants élus à ce moment là, la quasi-totalité des AG de la zone sud, l'adoption d'un voeu ouvertement xénophobe et antisémite ne peut toutefois étonner, et l'absence de réactions non plus.

Dans le milieu étudiant, notamment dans les filières médicales et juridiques qui mènent aux professions libérales, il existe un certain nombre de précédents qui constituent une véritable tradition. Dans la crise des années trente, face à « l'encombrement des carrières », la solution consistant à réduire le nombre d'étudiants en limitant le nombre d'étudiants étrangers est ouvertement prônée. En 1934, les professions juridiques ont été limitées aux seuls Français, et les naturalisés ne peuvent y accéder qu'après 10 ans. La tonalité des manifestations, réunions, voeux des corpos et de l'office de droit se félicitent de ces mesures, qu'ils appuient naturellement. En 1935, c'est au tour des étudiants en médecine de réclamer des restrictions plus importantes. La grève démarre dans les facultés de Montpellier et Toulouse, où l'Action Française est très influente, s'étend à Paris. Bien évidemment, les « métèques » visés sont les juifs, puisqu’en médecine, parmi les étudiants étrangers les réfugiés juifs sont nombreux, chassés des universités allemandes après la prise du pouvoir par les nazis. Les militants et leaders de ces corpos, AG et mouvements sont souvent encore en place en 1940/1941 : Lespagnon est toujours influent à la corpo de droit de Paris, Gillot dirige les étudiants d'Alger.

Le 30 août 1940, un conseil de l’UN se tient « devant la plupart des présidents d’AG » (de la zone non occupée), et demande « que les professions médicales soient interdites aux étrangers ou aux fils d’étrangers »54.

Le 6 janvier 1941, la Fédération des associations amicales des médecins du front demandent le numerus clausus55. Le 6 mars 1941, l'AGE d’Alger organise une manifestation contre le maintien de médecins juifs à l'hôpital Mustafa56. Le 7 avril 1941, le nouveau bureau  expose son programme : « Nous voulons dès à présent aider les pouvoirs responsables dans la solution du problème juif »57.

A Montpellier, « où la masse étudiante est pétainiste et plutôt antisémite », on chahute des professeurs juifs, rapporte Liberté58. Dans le Sud-Ouest, les préfets notent une montée de l’antisémitisme jusqu’aux rafles de 1942 où l’opinion se retourne59.

Le Président de l’AG d’Alger, Gillot, jeune interne des hôpitaux, est représentatif d'étudiants nationalistes, qui peuvent être tout autant xénophobes, maréchalistes et antisémites qu’opposés à l'occupant. C'est ainsi le même Gillot qui fait adopter le voeu du numerus clausus en 1941 et qui va suivre une formation d'aviateur aux USA en mai 1943 pour participer à des missions aériennes alliées au premier semestre 194560.

Il convient alors de s'interroger également sur la représentativité de ce « petit congrès »61 et sur la mise en application de cette résolution par les AGE. Pierre Rostini, qui est arrivé à l'UNEF en 1942/1943, Président de l'AGE d'Aix en 1943, membre du bureau après janvier 1944, président de la commission d'épuration de l'UNEF à la Libération, ne se souvient absolument pas d'avoir eu à instruire une telle affaire62. Il ne manque d'ailleurs pas de souligner que les organisations résistantes et les organisations juives n’ont pas reproché cet épisode à l'UNEF. On pourrait alors se demander s'il ne s'agissait pas d'un voeu qui fut simplement transmis aux autorités63 et qui - mis à part deux, ou trois AG collaborationnistes - ne souleva pas l'adhésion des dirigeants locaux qui n'en auraient fait aucune publicité.

Toutefois, cette première hypothèse, que j’avais émise, est démentie par les documents consultés. Outre qu’il ne manquait pas de traditions - et de positions - xénophobes et antisémites comme on l’a vu, il n'y a rien d'étonnant dès lors à ce qu'en 1941, encouragé de surcroît par les mesures officielles et « légales » xénophobes et antijuives de Vichy, une majorité se soit dégagée, même courte.

Nous venons d’indiquer qu’il y a bien un certain nombre de sources d’époque qui se réfèrent à ce congrès, et pas seulement les deux journaux d’AGE cités par Stéphane Merceron il y a dix ans…

A Tain sont rassemblés la plupart des représentants des AG de la zone sud. On peut en effet déduire des personnes citées comme des élus au nouveau bureau, qu’ont été présentes ou représentées la plupart des associations de la zone sud : Alger, Montpellier, Grenoble, Clermont-Ferrand (et Strasbourg à Clermont Ferrand), Limoges, Lyon. Il manque des éléments sur Toulouse, Nice et Aix.

Bien évidemment, la question du numerus clausus n’est pas la seule préoccupation des AG et comme la question a été « résolue » il n’y avait guère besoin de développer une grande propagande en la matière (et ce d’autant que le papier est rationné et rare), d’autres priorités préoccupent les AG et corpos.

Quant à ce qui se passe après la Libération,  il n'y a rien d'étonnant à ce qu'après-guerre on n'ait pas reproché à l'UNEF son soutien à des mesures spécifiquement antijuives dans la mesure où de manière plus générale la spécificité de ces persécutions n'a pas été soulevée au cours de « l'épuration », y compris par les organisations juives elles-mêmes64.

L’UNEF, comme par le passé – du moins en zone libre – demeure proche du pouvoir, « son apolitisme traditionnel la mettait en fait à la remorque des gouvernements en place, situation enviable aux beaux jours de la stabilité institutionnelle, délicate aux changements de régime »65. L’UNEF demeure dans l’air du temps. Le désir de pacification, d’ordre symbolisé par Pétain, une explication xénophobe et antijuive de la défaite (puisque étrangers, juifs, francs-maçons seraient la cause de la décadence et du désastre) sont assez généralisés66. Même dans les premières réactions de résistance, dans la presse clandestine, à de rares exceptions, il est peu protesté contre les mesures anti-juives67. La « question juive » est même considérée comme légitime par certains résistants et Français libres, qui estiment qu’elle mérite qu’on réfléchisse à des solutions. Le retournement de l’opinion en la matière n’est en réalité notable qu’à partir de 1942 et des grandes rafles68.

Si la plupart des acteurs et des auteurs avaient tous souligné l'ambiguïté du positionnement de l'UN, ce que reprocheront les Résistants à la Libération aux dirigeants de l'UN, c'est plus leur « attentisme » qu'un engagement dans la collaboration69. « On ne l’accuse pas d’avoir collaboré, on l’accuse d’être restée – comme tant d’autres – passive »70.

L'UNEF a eu le souci au cours de la guerre et de l'occupation de continuer une existence légale. On constate un triple souci : la nécessité de maintenir une action efficace en faveur des étudiants, s'opposer -ou limiter- la concurrence d'autres mouvements auprès des autorités car elle « ressent déjà l'influence grandissante des mouvements catholiques »71, mais aussi pour certains, de disposer d'une façade légale aux activités résistantes. « Maintenir l'UNEF pour maintenir les œuvres »72, permet aussi de donner une couverture au groupe « Maintenir » composé de membres ou anciens membres de l’UNEF, d’anciens du cabinet Jean-Zay73, groupe qui rejoint l’OCM. Il semble bien que la « résistance étudiante » consiste à être « membre d'un réseau de renseignements »74 (pour ceux qui n'ont pas pris le maquis), pratiques clandestines qui se révèlent « congruentes à la sociologie étudiante [...] ces actions se révèlent adaptées et aux attentes, et aux compétences du monde étudiant [...] la sociabilité étudiante permet de rapidement jauger les sentiments patriotiques de ses interlocuteurs […] les militants utilisent d'ailleurs l'enceinte et la sociabilité universitaire pour recruter »75. Louis Laisney, Président de l'AG de Caen, et Secrétaire général de l'UN à partir de 1941, obtient pour une équipe de secours aux victimes des bombardements alliés, des laisser-passer malgré le couvre-feu, auprès des autorités allemandes de sa ville... ce qui lui permet d'adresser des renseignements à Londres concernant les objectifs atteints76.

Pour les résistants, conserver l’existence légale de l’UNEF implique d’éviter une opposition ouverte menant à la dissolution. Les dirigeants plutôt maréchalistes cherchent, eux aussi, à préserver l’UNEF notamment contre la concurrence des organisations confessionnelles et les projets de « Service national des étudiants ». Il y a ainsi au moins un terrain d’entente entre dirigeants de l’UN, qu’ils aient été résistants ou non. Louis Laisney l’explique bien au congrès de Dax en 1945 face à la critique de Miguet et des Lyonnais. Laisney va jusqu’à défendre certains épurés, qui avaient agi pour les intérêts des étudiants – quels qu’aient été leurs torts par ailleurs - car « l’UNEF avait le devoir de traverser cette période trouble »77. Villedieu confirme, « Nous pensions qu’en sauvant l’union, nous sauvions l’essentiel, l’indispensable, pour sauver demain l’intérêt de tous les étudiants de France »78.

L'UNEF ne s'oppose pas au Service du travail obligatoire, mais « se contentera de réclamer des aménagements au STO en faveur des étudiants »79. Cette stricte limitation à la défense des seuls étudiants, reprochée à l'UNEF par la suite, peut tout autant être reprochée à la JEC. Dans ses mémoires, Georges Montaron décrit l'opposition JOC/JEC, due aux implantations sociales différentes de ces deux mouvements catholiques. La JOC n'encourage pas le refus du STO et préconise d'accompagner les jeunes ouvriers en Allemagne, alors que la JEC travaille dans un milieu « privilégié » qui peut se permettre des sursis, des exonérations de STO etc.

Les dirigeants de l'UNEF doivent résister aux tentatives de certains partis de la collaboration d'instituer une « Jeunesse unique »80, alors qu'était prévue l'instauration d'une « organisation strictement corporative appelée « Corporation nationale des étudiants de France » qui devait normalement remplacer la vieille et compromettante UNEF empreinte d'un passé républicain) »81. Nul doute que l'opposition de l'Église, soucieuse de préserver ses mouvements de jeunes confessionnels de la « fusion » obligatoire dans un mouvement unique sous l'égide de l'Etat, mais aussi l'opposition des autorités allemandes qui voient d'un mauvais oeil la création d'un seul mouvement de jeunesse permet à l'UNEF d'éviter la dissolution d'abord, puis la perte de son autonomie. Mais l'UNEF, de tradition laïque, doit aussi faire face à la concurrence des organisations confessionnelles. Celles-ci, comme la JEC qui n'a cessé depuis 1934 « d'alerter sur le péril hitlérien, ramené pour l'essentiel à un paganisme menaçant »82 peut très bien s'avérer à la fois opposée à l'occupant tout en étant favorable à l'appui apporté par Pétain au retour aux valeurs religieuses.

« La position de la JEC est donc claire : il convient de jouer la carte de la Révolution Nationale pour l'infléchir dans un sens chrétien [...] la JEC est pétainiste par patriotisme [...] son soutien conditionnel à Vichy exclut par contre toute possibilité de collaborer avec l'occupant »83.

Un réseau comme « Défense de la France » « campe sur des positions maréchalistes jusqu'en novembre 1942, preuve que la confiance accordée à Pétain n'exclut pas obligatoirement le combat clandestin »84. La JEC ne craint pas d'affirmer dans son journal, Messages en mai 1942 qu'elle est « le seul mouvement national spécifiquement étudiant, capable de représenter la jeunesse étudiante française »85. La FFACE (Fédération française des associations chrétiennes d'étudiants, « la fédé »), protestante, organise un foyer de l'étudiant à Marseille, un restaurant « bon marché » à Montpellier86. Ces deux mouvements participent même aux discussions sur le projet de « corporation nationale des étudiants » tout en veillant à ce que les associations (confessionnelles ou AGE) maintiennent leur existence propre. La JEC veut créer des équipes comme base d'une « communauté étudiante » qui trouve dans la « future corporation » la place qui leur revient87. La « fédé » participe à une réunion dès 1940 sur le statut des étudiants avec les autorités pour mettre sur pied une corporation des étudiants, et adresse au secrétariat général à la jeunesse son projet d'organisation des étudiants, avec délégués élus et représentation des associations reconnues88. L'UNEF également discute du projet au cours de débats « statutaires ». Chacun de ces mouvements tente à la fois de maintenir son autonomie tout en étendant son influence et sa représentativité, ainsi que sa présence au travers des « services matériels » aux étudiants.

Au congrès de 1943, contre le projet de l'AGE de Montpellier qui préconisait la transformation des structures de l'UNEF et des AGE (abandon du principe électif, nomination d'une partie des conseils d'administration par les Recteurs avec des « personnalités extérieures » non étudiantes), Emmanuel Villedieu, président de l'AG de Caen, insiste sur la nécessité de conserver son autonomie à l'UNEF. C'est cette dernière position qui est adoptée. Mais puisqu’il faut préserver le caractère légal de l'organisation « On se rend quand même à Vichy en train spécial. C'était une des conditions mises à la tenue du congrès »89.

A partir de 1943, d'autres mouvements comme la JEC ou la « fédé » prennent des positions et des dispositions plus risquées, ainsi d'ailleurs que certaines AGE de l'UNEF comme celle de Grenoble. Comme pour beaucoup d'organisations et mouvements, comme pour l'opinion, 1943 paraît marquer une évolution de l'UNEF.

Le congrès de la Chapelle en Vercors a beau envoyer une délégation à Vichy pour saluer le Maréchal Pétain après avoir subi un discours d’Abel Bonnard90, Louis Laisney fait parvenir une explication à Londres, et on lui répond qu'on a pris acte que « l'Union nationale n'a rien à voir avec Vichy » et qu'on sait que ses dirigeants ne sont pas nommés par Vichy91.

En janvier 1944, un conseil d'administration élargi se réunit à Montpellier qui décide de l'envoi d'une « Adresse au Général de Gaulle ». Dans les derniers mois de l'occupation, des responsables sont inquiétés, le congrès prévu à Caen pour avril 1944 est interdit, la Gestapo perquisitionne au siège des oeuvres, Louis Laisney et Pierre Rostini sont menacés d'emprisonnement au cours d'une entrevue au Ministère car une affiche de l'UNEF avait été éditée pour venir en aide aux étudiants malades et « absents » (ce qui pouvait comprendre aussi bien les prisonniers que les étudiants... au maquis). Rostini était chargé de protester, au nom des AGE d'Aix, Marseille et Nice, contre la fermeture de ces universités ordonnée par les Allemands. Paris est libéré en août 1944. Un congrès extraordinaire y est convoqué en novembre 1944 au cours duquel le Ministre Capitant prononce un discours, et reconnaît par sa présence l’organisation étudiante. Il s’agit désormais pour l’UNEF de reprendre sa place d’avant-guerre. En réalité, l’ancien appareil sauvé et maintenu peut désormais être investi par la génération de la résistance de nouvelles ambitions. L’amalgame réussira92.

Notes de bas de page numériques :

1 Stéphane Merceron « L’UNEF des années noires », Les Cahiers du GERME, spécial N° 1, 1996.
2 Colloque organisé par Ressy, (REcherche, Société, Syndicalismes), les deux UNEF, avec le concours scientifique du GERME, Paris, La Sorbonne, 14 et 15 avril 1996.
3 Les cahiers du GERME  trimestriel, N° 6, 1er trimestre 1998.
4 « A propos d’un document, des malentendus et de l’interprétation d’archives », Les Cahiers du GERME trimestriel, N° 17, 1er trimestre 2001.
5 Nous n’indiquerons  en note que « BDIC fonds Barralis » ou « BDIC fonds UNEF », les cotes étant les suivantes : pour le fonds Barralis, F delta 1081 (6), pour le fonds UNEF, cote 4° delta 1159 et l’année.
6 Gilles Maigron, Résistance et collaboration dans l’Université de Paris sous l’occupation, 1940-1944, Maîtrise d’histoire, Michelle Perrot dir. Paris VII, 1993.
7 Gilles Maigron, « Résistance et collaboration dans l’Université de Paris sous l’occupation», Les facs sous Vichy, Actes du colloque  « Étudiants, Universitaires et Universités de France pendant la deuxième guerre mondiale », Universités de Clermont-Ferrand et de Strasbourg, novembre 1993, Publication de l’Institut d’études du Massif central, Université Blaise Bascal (Clermont II), 1994, p.136.
8 Même s’il n’est pas l’organisateur du 11 novembre – comme il le reconnaît devant Jacques Varin – il n’en est pas moins à  l’initiative d’autres manifestations, notamment celle du 8 novembre.
9 Lettre du 25/2/1975 adressée à la « soirée commémorative » du 62° congrès de l'UNEF (renouveau), Lyon 27/2-1°/3/1975. Il convient de rappeler toutefois pour éclairer ce témoignage que dans la période qui précède l'offensive allemande contre l'URSS, le Parti communiste français tentait de faire reparaître légalement l'Humanité par des négociations avec les autorités d'occupation, par dessus le gouvernement de Vichy.
10 D’après l’agence de presse AFIP, le décret est publié au Journal officiel  du 3 mars 1942, A.N. 72AJ1860.
11 BDIC.
12 Circulaire de Jean David aux AGE du 5 août 1940, BDIC 4° delta 1159/1 1939-1945. Il convient de rappeler que l'Université de Strasbourg -ville désormais annexée à nouveau à l'Allemagne- déménage et s'installe à Clermont-Ferrand. Voir notamment De l’Université aux camps de concentration, témoignages strasbourgeois, Presses Universitaires de Strasbourg, 4ème édition, 1996.
13 Louis Laisney, Colloque « Passé présent du mouvement étudiant », à l’occasion des 90 ans de l’UNEF. Éd. Traces, 1997, p.21.
14 François Marcot, « Entre les études et l'engagement, le monde universitaire bisontin sous l'occupation » Les facs sous Vichy, op. cit. p.146 à 148
15 La circulaire du Ministère de l’éducation nationale du 3 décembre 1939 en donne la composition. Il est dirigé par O. Auriac (Inspecteur général) qui remplace Alfred Rosier, mobilisé, A. Sainte Lague de la Confédération des travailleurs intellectuels, Jean Petitjean qui est chargé de la liaison entre les œuvres et le cabinet du ministre, Jamati (trésorier du BUS), Hitte (chef du 3ème bureau de l’enseignement supérieur), et Jean David, délégué de l’UN AN AJ16 7148.
16 Yves Durand « Universitaires et universités dans les camps des prisonniers de guerre », Les facs sous Vichy, p.178
17 Les nombreuses correspondances citées par Stéphane Merceron dans Les cahiers du GERME spécial N° 1 sont mises en ligne.
18 Henri Michel, Paris résistant, Albin Michel, 1982, p.55
19 Ce congrès est préparé, sans que l’on sache, d’après les documents et Stéphane Merceron, s’il s’est tenu. Il convient de noter toutefois dans la correspondance, qu’a été établie une liste de délégués des AG de zone occupée pour ce congrès. Si on ne sait pas s’il a eu lieu, on ne peut pas pour autant affirmer qu’ils n’y sont pas allés.
20 Lettre du 31 mars 1941 au Recteur, BDIC, fonds UNEF.
21 Lettre du 3 novembre 1941 de Laisney à de Lescure. BDIC, fonds UNEF.
22 Lettres du 2 octobre 1940 et 24 octobre 1940. BDIC, fonds Barralis.
23 Lettre du 27 avril 1941. BDIC, fonds UNEF.
24 La fiche de police du 14 novembre 1941 nous indique qu’il a été nommé le 8 octobre 1941. BDIC, fonds UNEF.
25 Lettre 24 janvier 1941 à Guy Léger. BDIC, fonds UNEF.
26 Lettre de F. de Lescure à M. Pierre SENECAL, 15 mars 1941. BDIC, fonds UNEF.
27 Lettre à D’Ivangin, 24 octobre 1940. BDIC, fonds Barralis.
28 AN : AJ 167148, dossier « CEEM et prisonniers ».
29 BDIC, fonds Barralis.
30 BDIC, fonds Barralis.
31 BDIC, fonds Barralis.
32 Dans le fonds UNEF de la BDIC, une fiche de police en date du 14 novembre 1941 donne ces renseignements.
33 Il est à Paris par exemple, le 17 juillet 1941, le 4 octobre 1941, où il rencontre de Lescure. Il préside le premier CA des AG de la zone occupée de janvier 1942.
34 Lettre de Jean David à Le Mazou, 10 septembre 1940. BDIC, fonds UNEF.
35 Colloque 90 ans Traces.
36 AN 72AJ78.
37 AN AJ 16 7148.
38 AN 72AJ78.
39 AN AJ 16 7148, dossier « associations d’étudiants 39-45 ».
40 Mais depuis le 8 octobre, c’est Boille qui remplace de Lescure, ce que Laisney ignore à ce moment là, les transmissions postales semblant assez aléatoires.
41 BDIC, fonds UNEF.
42 Ces informations sont issues d’une note, sans date, sans doute adressée à Rosier ou par Rosier. Elle n’émane pas, vu les imprécisions sur l’âge, d’une fiche de police. AJ 16 7148 dossier « associations d’étudiants 1939-1945 ». Monchablon note de son côté que, d’après une note de la sûreté nationale, Lespagnon était aux Jeunesses patriotes.
43 BDIC, fonds UNEF.
44 AN AJ16 71 48, dossier « associations d’étudiants 39-45 ».
45 Lettre de Rosier au Recteur du 25/9/1941, AJ 16 7148.
46 AN AJ16 7148, dossier « affaire de Lescure ».
47 BDIC, fonds UNEF.
48 Il y a une erreur de frappe, puisque la lettre est datée du 11 octobre alors qu’elle transmet copie d’une lettre du 7 novembre… Ce courrier est annexé à une circulaire aux AG de Boille du 22 décembre 1941. BDIC, fonds UNEF.
49 Le 8 novembre 1941, le bureau de la FEP à l’unanimité confirme que la corpo de droit demeure exclue de l’UNEF, mais qu’elle conserve la faculté de participer en tant « qu’auditeur libre ». Note du 11/11/41 BDIC.
50 AN 72AJ1860. Nous respectons les formulations et fautes du texte.
51 BDIC, fonds UNEF.
52 Page 15 du document.
53 A.N 72AJ1860.
54 Lettre de Jean David du 5 septembre 1940. BDIC, fonds UNEF.
55 Bruno Halioua, Blouses blanches, étoile jaune, Liana Levi, 1999, éd. corrigée 2002.
56 Claude Singer, « Les études médicales et la concurrence des juifs en France et en Algérie, 1939-1944 », Les jeunes et l'école, miroirs et mirages,  PU Le Mirail, Toulouse, 1995, p.204.
57 L'Echo d'Alger, cité par Bruno Halioua comme par Claude Singer.
58 François Georges Dreyfus, Histoire de la Résistance, Livre de Poche, 1996, p.45.
59 Id. p.79.
60 Bruno Halioua, Blouses blanches, étoile jaune,  Liana Levi, 1999, éd. corrigée 2002, p.235-236.
61 Le Mazou, CA du 11 janvier 1942. BDIC, fonds UNEF.
62 Débat organisé par le GERME le 1er avril 1998 autour du livre de Claude Singer l'Université libérée, l'Université épurée, 1943-1947, Paris, Les Belles Lettres, 1997.
63 Claude Singer cite comme source dans Vichy, l'Université et les juifs, (Les Belles Lettres, 1992) les archives de l'administration, alors qu'on ne trouve pas trace de cette motion dans les archives de l'UNEF. Il est vrai que les comptes-rendus sont - comme le papier - rares et rationnés, et qu'une telle motion a pu être détruite soit de manière volontaire, soit dans les aléas des déménagements successifs de l'UNEF.
64 Voir dans le chapitre « les lendemains de la libération » les pages 670 à 677 intitulées « il n'y a plus de problème juif » in,  Renée Poznanski Etre juif en France pendant la seconde guerre mondiale Hachette, Paris, 1994.
65 Alain  Monchablon, Histoire de l’UNEF, PUF, Paris, 1982, p.16.
66 Pierre Laborie, Les Français des années troubles, DDB, Paris, mars 2001.
67 La bibliographie est abondante sur le sujet.
68 Pierre Laborie, François Georges Dreyfus notamment dans les ouvrages cités ci-dessus évoquent ce tournant.
69 C'est ce que ne manque pas de préciser Paul Bouchet, tant dans les entretiens que j'ai eus avec lui que dans ses contributions aux colloques du GERME (21/5/1995 – Les Cahiers du GERME, spécial N°1, 1996), de RESSY (13-14 avril 1996) et de TRACES-AAUNEF (14 et 15 mai 1997 - Actes).
70 François Borella, Michel De La Fournière, Le syndicalisme étudiant, Le Seuil, 1956.
71 S. Merceron – Les Cahiers du Germe, N°1 - 1996
72 Alfred Rosier le 16 septembre 1939. BDIC, 4° delta 1159/1 1939-1945
73 Voir Jean François Muracciole, Les enfants de la défaite, Presses FNSP, Paris, 1998, p.44 à 48.
74 Bruno Benoît « lycéens et étudiants résistants lyonnais » Chrétiens et sociétés XVIe-XXe siècles, N°3 1996 (Centre André Latreille Lyon II et Institut d'histoire du christianisme Lyon III) p.62, p.57.
75 Olivier Wieworka « Étudiants et résistance : l'exemple de Défense de la France », Chrétiens et sociétés XVIe-XXe siècles, N° 3 1996 (Centre André Latreille Lyon II et Institut d'histoire du christianisme Lyon III), p.66-67
76 Entretien avec Louis Laisney lors d’un repas des anciens de l’UNEF au Sénat.
77 Procès verbal du congrès de Dax, p.44. Document publié en annexe.
78 Id. p.45.
79 Pierre-Yves Cossé « le syndicalisme étudiant, historique et signification », Les Cahiers Reconstruction 59-1, février 1959, p.II-14.
80 Voir Michèle Cointet-Labrousse Vichy et le fascisme, chapitre « la tentation de la jeunesse unique », éd. Complexe, Bruxelles-Paris, 1987, p.114-132.
81 Gilles Maigron, in les facs sous Vichy, op. cit. p.136.
82 Olivier Wieworka « Étudiants et résistance, l'exemple de défense de la France », Chrétiens et sociétés XVIe-XXe siècles, N°3, 1996 (Centre André Latreille Lyon II et Institut d'histoire du christianisme Lyon III), p.62.
83 Alain René Michel La JEC face au nazisme et à Vichy 1938-1944, Presses Universitaires de Lille, 1988 p.158-159
84 Olivier Wieworka « Étudiants et résistance, l'exemple de "défense de la France », Chrétiens et sociétés XVIe-XXe siècles, N° 3, 1996 (Centre André Latreille Lyon II et Institut d'histoire du christianisme Lyon III), p.63
85 Alain René Michel, op. cit. p.170.
86 Rémi Fabre, "les étudiants protestants pendant la deuxième guerre mondiale", Les facs sous Vichy, op. cit. p.305.
87 Alain rené Michel, op. cit. p.169.
88 Rémi Fabre,  op. cit. p.305.
89 Louis Laisney – colloque « Passé présent du mouvement étudiant », op. cit. p.2.
90 Voir le texte du discours en annexe.
91 Compte-rendu du congrès de Dax (1945), page 43.
92 « 1946, La Charte de Grenoble, naissance d’un syndicalisme étudiant », Les Cahiers du GERME, spécial N°1, mars 1996.

Pour citer cet article :

Robi Morder, « L’UNEF des années noires : dix ans après, état des lieux, état des débats », Les cahiers du GERME, n°25, juin 2005, [en ligne].
Disponible sur : http://www.cahiersdugerme.info/index.php?id=147, [consulté le 09-09-2010].

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ISSN (imprimé) : 1277-247X
ISSN (électronique) : 1776-0909