Dans le cadre de nos projets de valorisation régionale des archives et de la mémoire des mouvements étudiants et du monde universitaire, pendant près de deux ans (2003-2005), nous avons développé en Île-de-France, première des régions universitaires en France, plusieurs projets baptisés ''mémoires vives étudiantes''. Nous avons pu bénéficier pour ces projets du soutien financier de la direction des affaires culturelles d’Île-de-France (ministère de la Culture et de la Communication), du Conseil régional d’Île-de-France, de la Ville de Paris, de la coopération d’Atelier @lternet ainsi que de l’appui ponctuel de la BDIC et de la Mission CAARME.
Mettre en ligne des corpus homogènes et cohérents de documents, c’est développer, grâce à Internet et à un programme de numérisation raisonné, l'accès libre au patrimoine sans mettre en danger les documents originaux. Recueillir des témoignages oraux, c'est compléter, de manière vivante, les traces écrites laissées par les acteurs de la vie étudiante et universitaire.
Tels étaient nos objectifs dans ce premier volet de ce premier programme régional.
C’est finalement près de 600 feuillets de presse étudiante qui ont été numérisés et mis en ligne (consultables sur http://www.cme-u.info), représentant 14 titres1, l’appui de la Mission CAARME ayant permis de dépasser nos objectifs initiaux. 400 feuillets de tracts de mai-juin 1968 ont de même été numérisés et mis en ligne et devraient, à nouveau avec l’appui de la Mission CAARME, être intégrés dans une base de données plus large. Avec l’appui de la BDIC de Nanterre, nous avons poursuivi la numérisation -plus de 1000 vues !- de la correspondance de l'UNEF sous l'Occupation (voir notre site http://www.germe.info, partie « dossiers ») en l’enrichissant d’une indexation fine (cf. article d’Alexandra Gottely dans le dossier de ce numéro). Enfin, côté témoignages, la relative lourdeur technique et documentaire et, surtout, la richesse des entretiens ne nous a permis de ne collecter et donner accès qu’à huit témoignages (Eddy Agnassia, Henriette Asséo, Roger Barralis, Luc Barret, Jean-Daniel Bénard, Serge Bosc, Pascal Cherki, Gérard Pogorel) ; c’est alors la guerre d'Algérie, mai 68 et les années 90 qui nous sont relatées. À terme, autant d’éléments pour notre futur dictionnaire biographique des militants étudiants (XIXe-XXe siècles).
Le guide des sources sur Internet du GERME (http://www.germe.info/guide.htm) était, pour l'instant, limité à des fonds d'archives de mouvements étudiants et de dimension nationale.
Développer ce projet à l'échelle de la région Île-de-France nous a permis de commencer à étendre le champ de ce guide des sources non seulement aux mouvements étudiants, mais aussi à l'enseignement supérieur, ce qui est notre projet initial - l'étude des acteurs étant, pour nous, indissociable de celle de leur milieu d'intervention.
Sans pouvoir couvrir immédiatement ni la grande variété institutionnelle, ni la richesse patrimoniale des lieux de conservation de ces fonds d'archives en région francilienne, nous avons souhaité amorcer le repérage de certains fonds issus d’Archives départementales, de bibliothèques universitaires, des Archives du Rectorat de Paris, des Archives du Centre d’histoire de Sciences-Po Paris ou de celles du Centre d’histoire sociale du XXe siècle : c’est ainsi que sont à présent intégrés à notre guide des sources les fonds du secteur de l’enseignement supérieur de l’académie de Paris, de la Seconde guerre mondiale du rectorat de Paris, de l’Association Générale des Étudiants de Paris XII de l’UNEF, de l’université de Vincennes, de l’École libre des Sciences politiques et de l’Institut des Études politiques, mais aussi de la fédération de la Seine du MRP ou du responsable de l’UEC des années 60, Jean Grobla.
Là encore, le chantier reste vaste afin de couvrir l’ensemble des ressources disponibles en Île-de-France et, ainsi, valoriser ces archives et faciliter l'accès à l'information du chercheur, de l'acteur et du citoyen.
A partir d'une période charnière de notre histoire et de notre mémoire collective, celle de l'Occupation, nous avons proposé de faire découvrir de nouvelles formes multimédia d'écriture de l'histoire et d'inviter différents publics au voyage dans le temps à travers plusieurs parcours au sein de notre patrimoine étudiant, lycéen et universitaire2.
Nous avons mené un « travail de mémoire » sur les enseignants, étudiants, élèves et personnels administratifs des lycées et universités de l' « Université de Paris » (au sens d'Académie de Paris) qui ont résisté, chacun à son niveau et selon ses moyens, à l'occupant nazi – « travail » que Paul Ricœur - qui vient de disparaître- a distingué du «devoir de mémoire» et qui permet d'allier hommage et distance historique.
A l'instar du DVD de l'AERI sur la résistance en Île-de-France, et sans prétendre aucunement à l'exhaustivité, l'équipe de cette exposition virtuelle a souhaité offrir aux citoyens d'aujourd'hui quelques éclairages sur cette période et inviter la communauté scientifique à exploiter et découvrir d'autres sources.
Nous proposons enfin à chacun(e) d'enrichir cette exposition virtuelle, consultable sur http://www.germe.info/expo3945.htm.
On le voit, les « “mémoires vives étudiantes” en Île-de-France » ne demandent qu’à s’épanouir encore davantage ! Ces premiers projets ont permis d’approfondir certains chantiers, d’en lancer d’autres et d’expérimenter une nouvelle forme de valorisation de cette mémoire collective. Une aventure à renouveler et à développer !