La revue du Groupe d'études et de recherche sur les mouvements etudiants

Groupes de travail

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Mouvements étudiants, scolaires et syndicalismes professionnels face à face, côte à côte ou de l’un à l’autre ?

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Les rapports entre les étudiants et les salariés, notamment sous l'angle des relations entre les organisations d'étudiants et les syndicats de salariés, n'ont jamais été simples.

Les étudiants, considérés comme des privilégiés, rejetons de la classe dirigeante, ce qu'on appelait le mouvement ouvrier s'est soit désintéressé d’eux et de leurs mouvements, soit a considéré ce secteur comme une simple terre de mission et de recrutement individuel à la cause du prolétariat. En retour, notamment dans les filières dites « libérales » (médecins, pharmaciens, juristes....), la méfiance, pour ne pas dire la condescendance à l'égard des ouvriers était contrebalancée par l'attraction exercée par les organisations professionnelles de médecins, d'avocats.

Encore dans les « années 1968 » et en mai 68 même, à la volonté affichée d' « unité ouvriers/étudiants » a souvent répondu la mise en place d'un véritable « cordon sanitaire » visant à préserver le prolétariat soi disant sain, et notamment les jeunes travailleurs, des influences présumées néfastes et pernicieuses d'étudiants assimilés aussi bien aux gauchistes qu'aux futurs patrons, avec toutefois une préoccupation de jonction avec les filières technologiques (IUT), d'apprentissage ou à « double visage », à la fois étudiants et salariés (normaliens, élèves infirmiers...).

Par ailleurs, agissant dans le même champ, les relations entre associations et syndicats des personnels enseignants et non enseignants se sont posées d'une manière bien plus concrète qu'idéologique.

Enfin, alors que les mondes scolaires du secondaire long et du supérieur ont vu leurs effectifs s'accroître dans le contexte de crise économique et de chômage de masse - ce qui fait que dans chaque famille on rencontre un chômeur et un étudiant - la rencontre entre syndicats de salariés et mouvements étudiants s'est éloignée de fondements purement programmatiques au profit de bases plus concrètes : stages, qualifications et diplômes. Au cours des dix dernières années, tant l'intersyndicale du supérieur que la « charte des stages », les actions communes au moment du projet de « contrat d'insertion professionnelle » en 1994 ou aujourd'hui les mobilisations dans des secteurs à forte main d'œuvre étudiante ou lycéenne (restauration rapide) comme sur les droits des étudiants salariés témoignent de l'évolution comme de l'actualité de la question.

La nature même du mouvement étudiant a aussi été en débat : autonomie ? intégration aux professions et au salariat, y compris en termes de structures ? Jeune travailleur intellectuel (Charte de Grenoble de l'UNEF)? Travailleur en formation ? Futur cadre de la Nation (FNEF) ? Avant 1946, certains ont (brièvement) envisagé de faire de l'UNEF la branche étudiante d'une confédération syndicale générale. Et depuis les années 1970, certaines organisations étudiantes ont privilégié soit l'intégration, soit la collaboration avec une confédération ou union, tandis que d'autres affirment développer des relations avec toutes les confédérations, enfin certains cultivent une autonomie totale, refusant toute relation avec les syndicats professionnels, sans rejeter toutefois des rapports avec des organisations professionnelles.

L'ambition de notre groupe de travail est de tenter de comprendre les fondements socio-politiques des différentes options prises dans l'histoire, tant du côté étudiant que du côté des syndicats professionnels, et d'aboutir à une connaissance du réel contemporain en la matière. On tentera ainsi de considérer la façon dont les étudiants, et plus largement les jeunes scolaires - y compris de manière fine selon les filières - se représentent les syndicats de salariés, ou plus largement professionnels, de même l'on se penchera sur l'image (les images ?) de l'étudiant qui peu(ven)t exister du côté des syndicats professionnels, en tenant compte là aussi de la diversité non seulement des confédérations, mais des catégories (cadres, libéraux, fonctionnaires...). En effet, si tous les syndicats entendent se préoccuper des « jeunes », tous n'y incluent pas - ou pas de la même façon - les étudiants, les lycéens, les apprentis.

Enfin, on rencontrera une problématique prosopographique dans la mesure où l'on pourra approcher avec précision les trajectoires faisant d'anciens syndicalistes et responsables étudiants, ou « leaders » lycéens, d'actuels responsables et animateurs des syndicats professionnels, permettant d'examiner dans quelle mesure il y a un apport spécifique des militantismes étudiants et jeunes aux syndicalismes professionnels.

Dans un premier temps, des séminaires feront le point sur l'état des recherches déjà existantes en développant, ou appuyant le développement par des équipes locales, d'enquêtes par questionnaires, entretiens. L'étude du devenir et de l'insertion professionnels des étudiants, à partir des données statistiques et des études existantes ou à promouvoir, comme l'exploitation de la presse et des archives des organisations étudiantes et des syndicats professionnels, les évolutions sur les statuts (de salarié, d'étudiant salarié, de stagiaire...) permettront d'enrichir la connaissance et les problématiques.

L'approche pluridisciplinaire : sociologique, historique, politique, anthropologique, juridique... sera privilégiée, tout comme est souhaitée la collaboration entre plusieurs équipes de recherche et seront promues les relations avec les acteurs des mouvements et syndicats actuels.
Responsables : Cécile Hochard, Robi Morder, Philippe Pechoux, Claudie Weill, en collaboration avec Sophie Béroud (Lyon), et Karel Yon (Lille).

Pour citer cet article :

« Mouvements étudiants, scolaires et syndicalismes professionnels face à face, côte à côte ou de l’un à l’autre ? », Les cahiers du GERME, n°25, juin 2005, [en ligne].
Disponible sur : http://www.cahiersdugerme.info/index.php?id=110, [consulté le 10-09-2010].

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ISSN (imprimé) : 1277-247X
ISSN (électronique) : 1776-0909