Après plus de trois ans de travail sur les rapports entre mouvements étudiants et institution universitaire (ayant abouti au colloque des 6 et 7 février derniers), le GERME et le Centre d’histoire de Sciences-po étendent la problématique de leur groupe de travail aux rapports des mouvements étudiants (organisations, structures, associations, groupes...) aux institutions en général. Et, pour cette année 2004-2005, un nouveau cycle est entamé avec le rapport à la religion.
Ce nouveau « chantier » recouvre plusieurs questions possibles. Il s'agit tout d'abord d'interroger l'articulation du « milieu » étudiant aux religions à travers des enquêtes, actuelles ou rétrospectives, en tentant d'y cerner d'éventuelles spécificités des étudiant(e)s et/ ou des étudiant(e)s engagé(e)s dans l'action collective, quelle qu'elle soit : mode de représentation de la «foi» ou de la « religion », rapport à l'engagement, à la société, aux questions «morales». L'étude des mouvements étudiants confessionnels est un second champ d'interrogation : au-delà du rapport de ces acteurs sociaux aux religions, quelle est l'attitude de ces mouvements/de ces militants par rapport/au sein des autres mouvements ? Comment se posent les questions de la laïcité, du « communautarisme » ? Quels comportements adoptent-ils au sein de l'institution universitaire ? Comment se conduisent les autres mouvements et institutions par rapport à eux ? Quid de l'athéisme, de la libre pensée et de l'anticléricalisme dans le champ universitaire, dont on sait qu'à la fin du XIXe siècle il s'est notamment refondé sur la base d'une opposition à la perspective religieuse, la naissance et le développement des sciences sociales s'inscrivant en partie dans ce cadre ? Enfin, une autre source d'interrogation est le rapport des mouvements confessionnels étudiants avec les autorités et hiérarchies religieuses : le mouvement étudiant n'est-il qu'un mouvement de jeunes parmi d'autres, destiné à fournir de nouvelles recrues aux autorités adultes afin de développer l'audience religieuse dans la société et/ou dans l'université (apostolat) ? N'est-il qu'une courroie de transmission ou a-t-il été, peut-il être une structure autonome au sein de la dite – « Église » ? L'analyse des « crises » entre mouvements étudiants et « Églises » devrait apporter certaines pièces à l'éclaircissement de ces questions.
L'ensemble de ces questions sera à examiner dans toutes leur complexité, notamment dans leur environnement institutionnel et pédagogique (enseignants et contenu des enseignements) et en tenant compte de la place et de l'héritage judéo-chrétien et de son articulation avec le mouvement de laïcité combattante ayant connu son apogée sous la IIIe République. Et de fait depuis leurs origines, l'objet «religion» est un objet problématique pour les sciences sociales, les chercheurs qui s'y intéressent entretenant souvent un rapport très étroit à cet objet d'étude, ce qui impose de redoubler de réflexivité.
Fidèles à l'approche pluridisciplinaire du GERME, nous proposons de faire appel à plusieurs disciplines s'intéressant à ce champ de recherche : histoire de l'enseignement et des mouvements sociaux, sociologie des organisations et des religions, sciences politiques, sciences de l'éducation, anthropologie. De même, ce groupe de travail se nourrira d'un échange permanent entre chercheurs et acteurs, anciens et actuels.
Responsables : David Colon, Jean-Philippe Legois, Charles Soulié.
Programme 1er semestre 2005. 16 février 2005, Présentation générale David Colon, Jean-Philippe Legois et Charles Soulié, responsables du groupe de travail ; 16 mars 2005, «Les 60 ans de l'UEJF (Union des étudiants juifs de France), un chantier historiographique» Mikaël Benfredj, secrétaire national de l'UEJF, Philippe Boukara, maître de conférence à l'IEP de Paris et Myriam Soussan, étudiante membre de la Commission Histoire de l'UEJF. 20 avril 2005, « Quel apostolat pour la JEC (Jeunesse étudiante chrétienne) au regard de l'émergence du Tiers-Monde? » Charles-Edouard Harang, professeur agrégé d'histoire, docteur en histoire (IEP de Paris). 18 mai, « Regards croisés sur la FFEC (Fédération française des étudiants catholiques) et l'UNEF (Union nationale des étudiants de France) » David Colon, professeur agrégé d'histoire à l'IEP de Paris, et Alain Monchablon, professeur agrégé d'histoire. 8 juin, « Premiers résultats d'une enquête statistique et par voie d'entretiens sur les étudiants de Paris VIII et la religion ». Charles Soulié, maître de conférences en sociologie à l'Université de Paris VIII Vincennes-Saint-Denis, et des étudiant(e)s ayant exploité l'enquête. 6 juillet, Arthur Plazza, doctorant de l'université de New York, « MRP, mouvements de jeunesse et laïcité ». Pour l’année 2004/2005 consulter le site germe.info pour connaître le calendrier, et proposer des contributions.